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LE QUATUOR

Un film de
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Un seul être manque et le quatuor s’effondre

Le « Quatuor à cordes n°14 en ut dièse mineur de l’Opus 131 » de Beethoven est un morceau complexe nécessitant une parfaite entente entre violonistes. Le film de Yaron Zilberman s’ouvre sur un passage de concert déployant ce morceau à l’audience dans une parfaite maîtrise coordonnée. Une apothéose pour le quatuor offrant sa dernière performance dans l’insouciance. Car très vite, le doyen fondateur et violoncelliste du groupe se rend compte qu’il ne parvient plus à suivre ses camarades, et la nouvelle tombe : il est atteint du syndrome de Parkinson. Stupeurs et tremblements au sein du quatuor qui apprend la volonté de Peter de quitter le groupe.

Cette annonce retentissante ne va bien sûr pas être sans effet. Entre le second violon voyant une opportunité pour changer les habitudes et les rôles avec le premier violon qui, lui, est d’une rigidité sans faille, et Juliette, la troisième violoniste, qui envisage de quitter le quartette si Peter prend sa retraite, le groupe est au bord de l’explosion. Émotions refoulées, egos surdimensionnés, et amourettes incontrôlables et malvenues vont alors menacer le fragile équilibre qui existait jusqu’alors entre les violonistes.

Yaron Zilberman prend le temps de s’immiscer dans les ressentis personnels refoulés jusqu’alors et dévoilés en cet instant fatidique où la dynamique de groupe est en train de battre de l’aile. Les paroles de chacun sont alors aussi stériles qu’elles sont lourdes de conséquences. Malheureusement, ces querelles d’artistes à la fierté et aux egos envahissants ne sont guère passionnantes et s’avèrent parfois même très prévisibles. Le réel intérêt du film réside dans l’excellent jeu d’acteur qu’offre ce quatuor de têtes d’affiche. Christopher Walken est troublant en violoncelliste trahi par son corps, cherchant des solutions pour sauver ce quartette en sursis. Catherine Keener est une fois de plus superbe en membre bouleversée par la nouvelle, assistant impuissante aux débordements égoïstes de son mari, incarné par Philip Seymour Hoffman, qui excelle en violoniste submergé par un sentiment de frustration et un sérieux complexe d’infériorité face à son collègue Daniel, un Mark Ivanir portant sur lui toute la rigidité d’un musicien envahi par son exigence d’excellence envers lui-même mais aussi envers les autres. C’est certainement cette synergie qui confère à la fin du film, toute sa puissance émotionnelle, inscrite dans la retenue.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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