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LE QUATTRO VOLTE

La quadrature du cercle

En Calabre, un vieux berger peine à reprendre son souffle en emmenant paître ses chèvres. Chaque matin, il obtient de la bonne du curé un curieux remède pour soigner sa toux. Un jour, le vieillard n’arrive pas à se procurer la précieuse médecine et meurt dans la nuit, au milieu de ses chèvres...

Voici un film qui réserve bien des surprises. Au premier abord déconcertant de froideur, “Le quattro volte” semble annoncer une œuvre hermétique réservée aux initiés de films expérimentaux. Pour preuve cette première scène, lente et contemplative, qui s’attarde sur les râles d’un vieil homme qui s’époumone de fatigue, pour guider ses chèvres le long d’un sentier humide. Or, contre toute attente, le film s’éloigne rapidement de la fresque sociale hyper-réaliste, pour nous emmener sur une voie des plus originales. Le ton est toujours aussi sobre, mais la trame de fond qui se dessine est fort bien inspirée.

Ici les personnages principaux sont un vieux berger, un chevreau, un arbre et un tas de charbon, qui conclut le film après être apparu dans un rapide épilogue. “Le quattro volte” retranscrit ainsi le cycle de ces quatre éléments qui n’obéissent qu’à une seule loi, celle de la nature. Le tout s’enchaîne sans ruptures, chacun se réincarnant à partir de la disparition de l’autre. Fort bien construit, le film évolue par une succession de plans fixes, rythmés par les sons. Le vent, les bêlements des chèvres, le feu qui crépite et les voix des hommes font partie intégrante de cette œuvre sensorielle, brute… et pourtant très drôle !

Oui, “Le quattro volte” sait à merveille conjuguer le contemplatif poétique avec le comique de situation. Tout en finesse, le film distille au cours de son récit des petites scènes pleines d’humour où des événements anodins se révèlent joyeusement pittoresques du seul fait du hasard. Pour exemple, cette scène exceptionnelle où un chien engendre catastrophes sur catastrophes au sein du petit village. La caméra, posée au flanc d’une colline, suit scrupuleusement ce jeu de domino digne des plus grands films de Jacques Tati. Pour l’anecdote, ce passage délicieux a valu à l’animal de gagner la «Palme Dog» lors du dernier festival de Cannes.

«Le quattro volte», vous l’aurez compris, est un film rare qui ne ressemble à aucun autre. Un genre encore inexploré et pourtant si simple. Loin de l’apparat des techniques et des méthodes, il se joue des codes, pour nous offrir une œuvre parfaitement aboutie. Du grand art !

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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