PROJET DERNIÈRE CHANCE
À vouloir forcer sur l'aspect comique, le vaisseau se crashe irrémédiablement
Synopsis du film
Ryland Grace est sorti d’un état de coma artificiel par un système médical robotisé. Il découvre alors qu’il est à bord d’un vaisseau spatial, censé être membre d’un équipage dont les deux autres sont morts en cours de route. C’est alors qu’il réalise qu’il est à des années lumières de la terre, et en faisant quelques calculs, qu’il lui faudrait plus de 11 ans avant qu’un message ne parvienne à la terre ou plus de 113 ans pour faire le voyage retour. Progressivement, la mémoire lui revient et il comprend qu’il est ici pour trouver les raisons pour lesquelles une seule étoile n’est pas en cours d’extinction, contrairement à notre soleil, du fait d’un étrange phénomène de flux qui absorbe leur énergie. Mais en arrivant en orbite autour de l’étoile en question, il réalise qu’il n’est pas seul, une étrange formation tentant de rentrer en contact avec lui en se rapprochant de son vaisseau…
Critique du film PROJET DERNIÈRE CHANCE
La bande annonce de "Projet Dernière Chance" donnait réellement envie de découvrir cette histoire de sauvetage de notre soleil et d’entraide avec une race extra-terrestre pour trouver une solution. Ceci d’autant plus que l’un des meilleurs acteurs du moment était le seul héros de l’ensemble (Ryan Gosling), si l’on exclue la toujours excellente Sandra Hüller, ici en cheffe de mission restée sur terre et ayant mis tout l’espoir de l’humanité sur lui. Mais si la mise en scène est efficace dans de nombreuses scènes d’action (une sortie dans le vide pour repêcher un objet, une giration incontrôlée d’un vaisseau...), si les effets sont irréprochables (dans la représentation de l’atmosphère de la planète, du vaisseau alien et de la capacité à façonner de la matière...), et si le fond scientifique (issu du roman éponyme d’Andy Weir, déjà auteur de "Seul sur Mars") est a priori extrêmement riche et intéressant, un gros problème apparaît très rapidement. "Projet Dernière Chance" se veut avant tout une comédie, de plus extrêmement bavarde.
Cette option prise par les deux réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, dont c’est le cinquième long-métrage ensemble (le très bon "Tempête de boulettes géantes" en 2009, le révolutionnaire "La Grande Aventure Lego" en 2014, et les moins réussis "21 Jump Street" (2012) et "22 Jump Street" (2014) passés inaperçus chez nous) aurait pu être une bonne idée, si cette tonalité quasi permanente ne désamorçait pas le moindre suspense, ne noyait pas le scientifique et les explications les plus intéressantes derrière des prétextes de jeu ou des montages musicaux insipides, avant de nous plonger dans des montagnes de mièvrerie autour du sempiternel thème de la rencontre avec des aliens et ici d’une possible amitié. Ici la créature ressemble tantôt à un chiot excité, tantôt à Tarzan qui parle à Jane (« Moi tarzan, Toi Jane » ou l’inverse). Ce qui promettait d’avoir la finesse d’un dialogue façon "Premier Contact" avec une espèce au mode de communication original et crédible, devient alors une pantalonnade ridicule à la limite du supportable sur la longueur (le film fait plus de 2h30). Et c’est sans compter les gymniques faciles (le pouce en l’air, le fameux « câlin »...) et les plaisanteries douteuses sur le « fist » (le poing mais aussi une pratique sexuelle peu courue)...
Rapidement, le personnage interprété par Ryan Gosling agace, l’aspect gamin plus intelligent que lui de l’alien aussi, sans parler de la manière d’amener les bribes de souvenirs du héros (des montages parfois incompréhensibles ou visuellement parfois pénibles…) ou la caricature d’allemande austère finalement incarnée par une Sandra Hüller qui semble ailleurs. Pire, les scènes vont vers la fin crescendo dans une absurdité contraire à toute la base préétablie du récit. On citera ici le coaching du terrien par l’alien pour apprendre à piloter, la conclusion de la sortie de l’alien de sa carapace transparente, ou le rebondissement ultime… La calinothérapie vis à vis du spectateur (peut être nécessaire pour un public d’adolescents ?) via des traits de comédie forcée, au détriment d’un vrai suspense et d’une intrigue pourtant passionnante sur le fond, ainsi que de la découverte de décors insolites, aura eu raison de ce blockbuster qui a finalement opté pour toutes les mauvaises options. Le comparer à "Interstellar" est une insulte que Christopher Nolan appréciera sans doute. Après avoir vu le film, nous reste en tous cas en tête l’une des répliques de l’alien : « ah… humour… compliqué! ». C’est dire !
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur



