Parce qu'on en a jamais assez !

LE PRIX A PAYER

Un film de

Ce que veulent les hommes

Jean-Pierre Ménard est un homme d’affaires aisé, vivant dans un superbe appartement, père d’une jeune fille de seize ans, heureux possesseur d’une voiture avec chauffeur personnel… Mais voilà, le hic, c’est que Jean-Pierre est aussi un mari frustré : il fait chambre à part avec sa femme depuis bien longtemps. En se confiant à son chauffeur, Richard, lui aussi en froid avec sa compagne Caroline, Jean-Pierre choisit d’essayer une odieuse tactique de chantage, toute simple : désormais, tant qu’ils ne feront pas l’amour sa femme et lui, il ne lui laissera plus d’argent de poche ! « Pas de cul, pas de fric. »...

Avec son second long-métrage, Alexandra Leclère ('Les soeurs fâchées') s’impose déjà dans un double emploi, à la fois scénariste et réalisatrice de talent. Plus important : elle met beaucoup de (son) cœur à l’ouvrage et, par extension, son histoire y gagne en profondeur d’âme. Certes, on pourra alors reprocher au film de manquer d’une véritable « patte », d’originalité dans le traitement, un peu comme si l’on nous racontait cette histoire pour la millième fois ; on pourra se plaindre d’assister, une fois de plus, aux déchirements de couples quinquagénaires en pleine désillusion qui se martyrisent à coups de répliques bien salées, dans un va-et-vient ironique qui ressemble à un interminable échange de tennis. Mais pourquoi bouder son plaisir quand, à l’évidence, et ce malgré des ingrédients communs, le gâteau s’avère si délectable ? Grâce à une plume fine et intelligente, Alexandra Leclère saupoudre ses séquences de pépites dialoguées, provoquant tour à tour sourires et tristesse, mais toujours dans le bon ton.

'Le prix à payer' puise abondamment dans un scénario parfaitement calculé et y gagne ses galons de « film à acteurs ». Traduction : long-métrage à tendance réaliste, traitant de protagonistes aux personnalités complexes, où la structure narrative repose moins sur l’enchaînement (classique) de cause à effet que sur l’alternance des performances d’acteurs. Il faut, pour réussir un tel défi, réunir deux conditions : une troupe de comédiens bien choisis, formidables, assez mûrs pour que la caméra prenne plaisir à lézarder le long de leurs expressions changeantes (et si, en plus, ils se connaissent tous depuis longtemps, comme c’est le cas ici, la complicité n’en est que meilleure) ; et du bon grain à moudre pour ces comédiens, donc une brochette de rôles taillés sur mesure qui mélangent humour, mélancolie, passion et désespoir. Il suffit de voir comment s’en sort Christian Clavier, en homme d’affaires mélancolique, pour se convaincre de la qualité de cette recette. « Film à acteurs » ? Ce n’est pas un reproche, au contraire. Et c’est, sans mauvais jeu de mots, le prix à payer pour réussir une bonne comédie cinglante.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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