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PRISONERS

Un film de

Sans espoir de rédemption

Lorsque la fille de Keller Dover et celle de son voisin disparaissent, un suspect est rapidement arrêté par l’inspecteur Loki. Relâché, faute de preuve, le coupable désigné est enlevé par Keller, bien décidé à lui faire avouer, par tous les moyens possibles, son crime…

« Si tu plonges longtemps ton regard dans l'abîme... l'abîme te regarde aussi. » Rarement cette maxime de Friedrich Nietzsche aura été aussi adaptée qu’avec le cinquième film du Québécois Denis Villeneuve. Car sous ses atours de thriller hollywoodien, le bien-nommé "Prisoners" s’impose surtout, et avant tout, comme un formidable drame des ténèbres humaines. De celles qui s’insinuent dans les âmes, et s’y nichent jusqu’à engloutir même les plus innocents…

Les prisonniers, ce sont bien sûr ces enfants disparus, fil conducteur de l’intrigue. Mais ce sont surtout les deux protagonistes du film, dont les trajectoires en parallèles construisent un labyrinthe de noirceur à la radicalité déstabilisante. Il y a, a priori, tout un monde entre le père de famille que la douleur et la tristesse poussent à commettre l’irréparable (impressionnant Hugh Jackman, tout en colère dévastatrice, et probablement ici dans son meilleur rôle), et le flic taciturne et décidé que sa promesse de retrouver les enfants – à l’instar du personnage de Jack Nicholson dans le puissant "The Pledge" de Sean Penn – pousse à regarder le mal dans les yeux (très bon Jake Gyllenhaal, qui laisse effleurer à la surface les traumas et les fêlures de son personnage). Mais en se concentrant sur leur humanité, en scrutant leur regard et la manière dont l’horreur les affecte irrémédiablement, Villeneuve les inscrit dans le même mouvement de perdition.

Le sublime "Incendies" l’avait montré explicitement, Denis Villeneuve est un excellent conteur, doublé d’un parfait portraitiste de l’Humain. Et ce, sans jamais laisser le dialogue prendre le pas sur l’image. Traduites à l’écran par la photographie expressionniste de Roger Deakins ("Skyfall"), dont les ombres profondes envahissent régulièrement le cadre, les ténèbres qui portent le film ne sont que les représentations d’un mal terrifiant, parce que terriblement proche... Et humain, trop humain. Un mal qui contamine tout et tout le monde, détruisant les simples d’esprits et transformant l’homme bon en vengeur impitoyable. Il y a quelque chose du "Se7en" de David Fincher dans cette descente aux enfers, dans cette déliquescence inexorable, qui fait que même avec un happy end trompeur (dont on taira bien évidemment la teneur exacte), personne ne peut sortir indemne de sa rencontre avec l’horreur.

Traversé d’images terribles et de morceaux de bravoure sidérants, "Prisoners" se révèle donc être un authentique film d’épouvante réaliste et amoral. Au terme d’une projection qui laissera les plus sensibles sur les rotules, il n’est pas interdit de voir là la révélation (si besoin en était) d’un cinéaste de premier plan, et dont on attend le prochain cauchemar ("Enemy", une histoire de double, encore avec Jake Gyllenhaal) avec une impatience non feinte. Le privilège des plus grands.

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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