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LA PRIMA LUCE

Un film de Vincenzo Marra

Un drame familial mal dégrossi

Marco, fringant avocat, vit avec sa femme d’origine chilienne, Martina, et leur fils Mateo à Bari, en Italie. Mal dans son job et dans son couple – sa relation maritale bat de l’aile –, la jeune femme sent viscéralement le besoin de rentrer dans son pays. Mais lorsqu’elle annonce à Marco qu’elle part avec leur fils, l’homme s’y oppose fermement. Un véto qui n’empêche pas Martina de mettre son projet à exécution…

Scindé en deux parties distinctes, la première exposant le mal-être de Martina comme une forme de justification de sa décision radicale et la seconde relatant le combat de Marco pour revoir et récupérer son fils, ce drame italien traite de la délicate question de la parentalité et du droit qui l’encadre chez les couples bi-nationaux. Avec d’un côté une femme qui paye le lourd tribut de son sacrifice amoureux, celui-ci ayant consisté à renoncer à son pays, ne plus voir sa famille et choisir pour son fils une identité italienne plutôt que chilienne, et de l’autre un homme qui n’a pas eu ce type d’efforts à faire, difficile de faire preuve de discernement. Rien n’est tout blanc ni tout noir. Ce type d’affaire est forcément complexe et soulève maintes interrogations.

Hélas, plutôt qu’affronter cette complexité et s’efforcer de tisser un récit sensible, le réalisateur prend le parti de la simplification. Recourant aux ellipses quand il s’agit de montrer l’érosion du couple, ne fournissant aucune explication digne de ce nom sur les motivations profondes de la mère, qui apparaît alors d’une froideur et d’un dureté sans égal, et forçant même le fossé de personnalité qui sépare les deux anciens amants (elle démesurée, lui bienveillant… évidemment), le point de vue est clairement partial. Le père semble ainsi outrageusement malmené, victime de l’égoïsme de celle qui, jadis, était venue en Italie par choix et aurait donc dû savoir dans quoi elle s’engageait. Difficile d’accorder à cette histoire déséquilibrée le moindre crédit.

"La Prima Luce" pêche donc par paresse et manque d’empathie, échouant ainsi à être le drame passionnant et émouvant auquel on pourrait s’attendre. Une déception d’autant plus forte que les deux acteurs principaux, Riccardo Scamarcio en tête, livrent leur partition avec conviction et intensité.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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