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LA PRIMA COSA BELLA

Un film de Paolo Virzì

Valeria, Bruno... e tutti quanti

Années 1970. Anna est une jeune maman dont la beauté n’a d’égale que la capacité à s’attirer des ennuis. Malmenée par un mari un tantinet agressif, elle prend ses deux enfants sous le bras et se réfugie là où elle pourra vivre sa vie, marquant à jamais par ses choix le destin de son entourage. Trente ans plus tard, son fils et sa fille devenus adultes se réunissent à son chevet. C’est l’heure des bilans, des révélations et, qui sait, de la réconciliation…

A la fois portrait de femme et tableau de famille, « La prima cosa bella » (La première belle chose) est un film plaisant de bout en bout, parfois drôle et souvent émouvant. Construit sur une série de flash-backs, qui permettent de retracer les péripéties d’Anna dans le passé et de les mettre en parallèle avec le comportement de ses enfants au présent, il raconte l’histoire simple mais universelle d’une famille sentant le besoin, après moult souffrances et épreuves, de se retrouver. Il plane une dimension tragique au-dessus de cette famille. Non pas parce que le glas est sur le point de sonner, mais parce la beauté apparaît ici comme une fatalité, ce par quoi le malheur arrive en dépit de toutes bonnes volontés.

Pour incarner cette beauté fraîche et innocente qui fait des ravages, Micaela Ramazzotti est tout à fait à la hauteur, rayonnant tant par son physique que par son aura maternelle. Elle est donc autant femme désirable que mère attachante, entretenant avec ses enfants une relation fusionnelle qui contraste avec leur comportement distant à l’âge adulte, et rend le fossé séparant les deux époques d’autant plus dramatique. Le film est par ailleurs ponctué de petites scènes d’une fraîcheur insoupçonnée, dans lesquelles Anna, remarquée pour son physique, se retrouve embarquée dans des situations incongrues : une soirée mondaine dans un château, le plateau de tournage d’un film avec un certain Marcello Mastroianni (dont on en perçoit que la monture des lunettes de soleil)… Autant de situations qui ne dépassent pas le stade de l’anecdote, mais qui permettent d’injecter un peu de drôlerie dans un film dans l’ensemble plus proche du drame que de la comédie.

"La Prima cosa bella" présente tout de même quelques défauts : celui de sa trop grande linéarité, malgré une construction zigzaguant à travers le temps, et d’un récit quelque peu attendu, dont on devine (presque) tous les rebondissements. Le film pêche en outre par certains dérapages grotesques, au travers de révélations finales pouvant laisser perplexe (l’arrivée dans l’histoire du jeune avocat). Heureusement, ces faiblesses scénaristiques s’effacent derrière le poids des personnages, tous admirablement écrits et interprétés. On reconnaîtra parmi eux Valerio Mastandrea, révélé en France par le film « Ciao Stefano » de Gianni Zanasi, qui fait ici du fils d’Anna un quadra savoureux, à la fois cynique et dépressif. Dans le rôle de sa mère plus âgée, on retrouve la radieuse Stefania Sandrelli, célèbre pour ses prestations dans « Nous nous sommes tant aimés » d’Ettore Scola et « 1900 » de Bertolucci. Un joli casting pour un joli film, plein de charme.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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