PREDATOR : BADLANDS
Jamais trop vieux pour ces conneries !
Synopsis du film
Aux confins de l’espace, il existe une planète où règne en maître une espèce alien connue sous le nom de Predator. Dek, le chétif de la portée, échoue à son épreuve initiatique qui lui permettrait de faire partie du clan « Yautja » une bonne fois pour toutes. Alors qu’une série d’événements le contraint à un dernier rite de passage, il se retrouve seul sur une planète hostile et isolée. Heureusement, dans sa quête, il rencontrera une androïde qui pourra peut-être l’aider à accomplir sa tâche. Peut-être…
Critique du film PREDATOR : BADLANDS
On ne va pas faire comme si la majorité de nos lecteurs vivent dans une grotte depuis plus de 40 ans et n’ont jamais entendu parler de cette créature à la gueule de porte-bonheur qu’est le Predator. Connu aussi sous son nom spécifique, le Yautja aura marqué le cinéma d’action et de science-fiction avec son premier épisode réalisé par le grand John McTiernan et porté par un Arnold Schwarzenegger tout feu tout muscle en pleine ascension. C’était en 1987 et depuis la saga a multiplié les rejetons et Schwarzy a même pu être gouverneur de la Californie entre temps. En plus de comporter 7 chapitres au total (inclus le film qui nous intéresse aujourd’hui), la franchise "Predator" s’est amusée d’abord, via les comics de chez Dark Horse, à prolonger la mythologie autour de la créature. Mais plus amusant encore à faire se rencontrer notre Dreadlocks de l’espace avec un autre monstre tout aussi iconique de la science-fiction… l’Alien (ou xénomorphe pour les puristes).
On vous promet que cette introduction a du sens au vu de ce qui va suivre. Nous n’allons pas revenir sur le fait que la franchise depuis son deuxième épisode n’a jamais vraiment brillé au box-office ou au niveau des critiques. Nous ne parlerons pas non plus de la première tentative de crossover entre cet univers et celui d’Alien avec ses deux épisodes réalisés en 2004 et 2007, qui ont laissé une marque soit traumatisante pour certains, soit amusante pour les autres. Non, nous allons vous parler de cette nouvelle introduction, toujours réalisée par Dan Trachtenberg, déjà l'œuvre sur le précédent opus, "Prey" (une série B comme on n’en espérait plus), du film d’animation "Killer of killers" toujours autour du Predator, mais aussi du très bon "10 Cloverfield Lane" (2016). On ne peut nier son implication (il est depuis trois films autant scénariste, réalisateur et producteur) ni son amour dévorant pour une saga qui depuis longtemps tourne en rond sur elle-même (coucou "Predators" de Nimrod Antal) quand elle n’est pas torpillée par son studio (oui, on pense à ce pauvre "The Predator" de Shane Black).
Dan Trachtenberg tente et même réussit, depuis ses deux premiers essais dans la saga, à apporter un vrai vent de fraîcheur, entre une mise en scène inventive et une générosité débordante dans l’action, et fait preuve de la volonté de s’aventurer là où personne n’avait pu avant. Quand arrive ce "Predator : Badlands", on ne peut cacher notre excitation face à la concrétisation d’un projet fantôme, où cette fois c’est bien la bestiole le personnage et héros principal. Et quel bien fou ça fait de voir un film de cette longue franchise enfin s’affranchir de certains contre-poids qui devenaient gênants ; hormis "Prey" et "Predator 2" pour la présence de Danny Glover, le côté humain n’a plus jamais été un point fort et même la tentative de ce pauvre Shane Black n’a pas réussi à nous accrocher avec ses dialogues qui fusent et ses ex-soldats barjos. Ici rien de tout ça, juste Dek, le faible de la tribu, qui se retrouve à défendre son honneur et sa place légitime au sein de son espèce.
Le scénario suit une trame, certes classique, mais diablement bien rythmée et l’inclusion de l’androïde Thia, joué par Ella Fanning, permet de raccorder les ponts, justement avec la franchise "Alien". Bien sûr, le film a des défauts, notamment dans son dernier acte moins inventif que le reste et cantonné à une base faite de béton et préfabriqué. Le film ne peut s’empêcher également d’inclure une bestiole mignonne afin d’attirer le plus grand nombre. Pour la première fois de la saga, le métrage se veut plus un buddy-movie cosmique et parfois comique, qu’un film d’action proche de l’horreur. Certains y verront une trahison, mais la question se pose : comment vendre un film avec un Predator comme personnage principal ? Il a fallu quelques entorses ici et là, une humanisation plus poussée sur Dek et un récit d’aventure plus que de terreur pour qu’un projet aussi ambitieux soit validé avec un budget digne de ce nom.
Cela n’empêche en rien le film de regorger d'idées (cette planète tueuse infernale en est un exemple) et de balancer la purée lorsque les chorégraphies s’emballent. Mention spéciale à une bande sonore composée par Benjamin Wallfisch ("Tenet") en duo avec Sarah Schachner (déjà à l'œuvre sur "Prey"), qui nous immerge dans la peau de ce personnage hors du commun avec des tonalités aborigènes et tribales. Une ambiance unique se dégage alors d’un long métrage qui ressemble à un fantasme de gosse enfin mis en image sur grand écran. Que ce soit par sa filiation directe avec les comics de chez Dark Horse ou la patte indéniable de son auteur, "Predator : Badlands" est un film d’action bourrin, rythmé et de surcroît avec une âme. Et ça au royaume de Disney on pensait que ça allait disparaitre. Allez Dan, fais-nous "Alien Vs Predator", qu’on finisse en beauté.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur




