PRÉCIEUSE(S)
Notre précieuse jeunesse
Synopsis du film
En adaptant « Les Précieuses ridicules » avec ses élèves, Cécile pensait réhabiliter ces premières féministes injustement oubliées. Elle n’imaginait pas que ce projet irait bien plus loin que cela pour elle…
Critique du film PRÉCIEUSE(S)
Dans sa pièce de théâtre, Molière s’amuse incontestablement du mouvement des Précieuses et de cette bourgeoisie féminine. Cette satire peut être vue comme une simple moquerie de leurs excès et outrages de langages. Mais d’autres, d’autant plus à l’aune d’un regard contemporain, pourraient y voir une tentative délibérée de ridiculiser toute velléité d’émancipation féminine, quand bien même Molière est souvent considéré comme un de ceux qui dénonçaient les injustices de son temps et qu’on le range souvent plutôt du côté des progressistes. Le débat peut faire rage et c’est précisément ce qu’a capturé la caméra de Fanny Guiard-Norel, avec comme agora le théâtre d’un lycée parisien.
Les élèves s’en donnent alors à cœur joie, les débats sont passionnés, vivants, décomplexés. Leurs joutes verbales révèlent parfois des paradoxes, des questionnements, des contradictions. Dans cet endroit qu’ils savent être une « safe place », ils ont conscience qu’ils peuvent tout dire, rien ne sera choquant, rien ne sera impardonnable, car tous sont sincèrement investis. Comment alors moderniser ce texte célèbre ? Doit-il d’ailleurs être remis au goût du jour ou doit-on l’interpréter tel quel ? Ces interrogations n’auront pas de réponse sentencieuse, le film évoluant vers quelque chose d’autre : un récit intime d’une enseignante, récemment amputée d’une jambe, dont le travail avec cette classe va l’amener à oser se regarder à nouveau, se reconstruire dans son corps, dans sa confiance, et apprendre à s’aimer aussi bien dans le miroir que dans les regards des autres.
Forcément, en détournant la focale de ce groupe d’ados, la cinéaste effleure de nombreuses trajectoires qui auraient toutes mérité un développement allongé. Mais comme souvent dans ces documentaires, la recherche n’est pas dans l’exhaustivité mais dans le saisissement d’un instant, d’une vérité qui se dessine dans la pluralité des protagonistes qui l’esquissent. À ce titre, "Précieuse(s)" réussit parfaitement son dessein, nous offrant au passage le portrait touchant d’une femme qui par l’énergie d’une bande d’étudiants réapprend à vivre, et un témoignage sur la jeunesse, dans sa plus grande diversité, loin des clichés et des discours alarmistes. Juste pour ça, bravo Madame Fanny Guiard-Norel !
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur
