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PETIT PAYS

Un film de Éric Barbier

Un drame bouleversant malgré quelques maladresses scénaristiques

Gaby grandit au Burundi entouré de son père français, entrepreneur, de sa mère rwandaise et sa sœur Ana. Profitant pleinement d’un cadre de vie privilégié, le jeune garçon passe la plupart de son temps à jouer avec sa bande de potes. Jusqu’à ce que la guerre civile les rattrape…

Décidemment, Éric Barbier aime la littérature ! Après s’être intéressé à l’œuvre de Romain Gary pour "La Promesse de l'aube", le cinéaste adapte cette-fois ci l’ouvrage de Gaël Faye, "Petit Pays", vendu à plus d’un million d’exemplaires en 2016. L’histoire est celle du jeune Gaby, un enfant grandissant au Burundi, État africain frontalier avec le Rwanda, pays d’origine de sa mère. Son père, français et entrepreneur, gagne confortablement sa vie, permettant à la famille de côtoyer les ambassadeurs et autres expatriés fortunés, et aux enfants de grandir dans l’insouciance de ceux qui n’ont pas à s’inquiéter. Malheureusement, cette photographie familiale parfaite va être brisée, d’abord par la déliquescence d’un couple qui ne se comprend plus, puis par les coups de feu et d’état d’une guerre qui ne cesse de s’intensifier.

Brutal et sensible, le film est une chronique poignante et intime de l’horreur quotidienne, des bruits de mitraillettes devenues berceuses durant des nuits où plus personne ne ferme véritablement l’œil. À hauteur d’enfant, le métrage impressionne par sa qualité à garder la violence hors cadre tout en faisant pénétrer une tension dans son récit, rapidement asphyxiante. Si les acteurs sont parfaits (les deux jeunes interprètes principaux en tête) et si les débuts sont parfaitement maîtrisés (les quatre cents coups des gamins, l’explosion de la cellule familiale), ce drame vibrant finit néanmoins par décevoir, la faute à une narration trop illustrative. Ne trouvant jamais la force du ton de Gaël Faye (il suffit d’écouter la chanson éponyme pour ceux qui n’auraient pas lu le livre), Éric Barbier balbutie entre l’adaptation littérale et les prises de liberté que doivent permettre le médium cinématographique. Redondant et épisodiquement superficiel, "Petit Pays" se retrouve comme écrasé par le poids de ce conflit ethnique sanglant, ne réussissant pas totalement à transcender le romanesque du matériau originel. Mais cela n’entache en rien la portée et la puissance du message !

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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