PÉDALE RURALE
Un portrait touchant, porteur de vraies questions
Synopsis du film
Antoíne filme son ami Benoît, qui vit dans une maison, non loin de l’ancienne ferme de ses parents, dans son village d’origine. Sur son terrain, il fait pousser un impressionnant potager, au sein d’un jardin foisonnant. Là, il exprime son côté queer, sans vraiment vouloir d’étiquette, mais désireux de contact avec notamment d’autres homos, rencontrés via les applis. C’est ainsi que lors d’une réunion avec d’autres personnes LGBT+, naît l’idée d’organiser une marche des fiertés en milieu rural…
Critique du film PÉDALE RURALE
Le début de ce documentaire, centré sur la personne de Benoît, homosexuel vivant à la campagne, incapable de définir clairement son côté queer, déroute un peu. Les échanges entre Antoíne, derrière la caméra, et lui, semblent ne pas réellement concerner le spectateur, qui se sent un peu exclu de leur intimité amicale et de ces moments anodins où Benoît se baigne dans un lac, se prélasse le long d’un bassin, tond son jardin avec une tondeuse mécanique, arrache les mauvaises herbes, ou se confie sur le fait qu’il a « changé » en s’étant totalement offert en amour. Puis par petites touches, ce qui était bribes de drag (des platform-shoes laissées dans une allée du jardin, une robe que Benoît fait tourner, un épouvantail en forme de sorcière aux talons hauts, des chants lyriques face à la campagne matinale…) vient conforter le portrait sensible d’un jeune homme isolé et « peu moteur » comme il le dit lui-même, se définissant comme « marginal depuis 10 ans », mais aujourd’hui amené à revendiquer son identité.
Partant d’une tentative de définition du terme « Queer » (par Antoine), non pas comme un tout englobant, mais comme un mot politique revendiquant de bousculer les normes, c’est au contact des autres anonymes du coin, plus ou moins visibles et inquiets d’une potentielle visibilité à l’échelle de leurs villages, qu’il va sortir de son partiel isolement. Évitant de trop s’attarder sur le négatif (le récit d’une insulte dans un bar, l’attaque d’opposants à la pride sur leur local…), "Pédale Rurale" voit pertinemment la voix de l’observateur disparaître progressivement et choisit au contraire de montrer les éléments positifs qui incitent à donner, à d’autres jeunes de la campagne, une image des personnes queer. Une manière comme le dit fort justement l’un des personnages, de montrer que l’on peut vivre en milieu rural et pas seulement à la ville « où il faut fuir pour exister ».
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
