Festival Caravane des Cinémas d’Afrique 2026 Bannière

PARADISE

Un film de Jérémy Comte

Entre Afrique et Canada, un film surprenant, au scénario drivé par les différences de richesse

Synopsis du film

Kojo est un fils de pêcheur à Accra, au Ghana. Devenu un jeune adulte, il hésite entre suivre la voie de son père et être admis dans une des bandes de jeunes qui sévit en ville. Mais alors qu’un cargo sombre, en flammes, au large, et que son capitaine canadien saute par dessus bord, il sera bientôt lié malgré lui au destin de celui-ci…

Critique du film PARADISE

L’ouverture de "Paradise", centré sur des plages aux immenses cocotiers, avec un homme sur une barque à moteur, et ces images de cargo en flammes, un capitaine parlant anglais vu par dessus, en train de sauter, induisent forcément une idée fausse chez le spectateur. Quel va être le lien entre ces deux hommes ? Entre celui sur la barque de fortune et celui qui s’échappe un temps du riche bateau ? Abreuvé d’images sur les destins des migrants africains, se cachant à bord des cargos ou tentant des traversées impossibles, le spectateur s’imagine alors une nouvelle histoire de migrant fuyant guerre, gangs ou pauvreté. Mais il n’en sera rien, "Paradise" passant son temps à nous désarçonner au fil de ses trois parties ("Le Navire", "Le Capitaine", "Le Feu"), afin de mieux nous accrocher par le croisement de deux destins : celui de Kojo, enfant du Ghana, et celui de Tony, canadien.

La première partie affirme l’admiration de Kojo pour une bande à motos, qui distribue les billets à tous vents. Gamin, vendant du poisson dans les embouteillages de sa ville du Ghana, il a les yeux qui brillent quand il les aperçoit. Devenu jeune adulte, à la faveur d’une jolie transition autour d’une télé dont le son s’efface, puis revient, il participe à la remontée en rythme des filets, au son du tam-tam, tout en jetant un coup d’œil du côté de la bande buvant sur les rochers, comme attendant d’être admis. C’est ainsi, entre dynamique de groupe absorbant la personnalité, dans une logique mercantile, et aspirations personnelles plus humaines, que Kojo va évoluer. Tony, ado québécois, est lui présenté comme un gamin turbulent, se faisant choper en skate avec 3 potes par un gardien, avant que ne soit introduites sa mère, recevant un coup de fil du fameux capitaine, naufragé.

C’est progressivement, que l’absence du père va peser sur les parcours des deux jeunes hommes, au sein d’un scénario qui distille les informations de contexte au compte goutte, tout en maintenant une certaine intensité. Peu à peu se dessinent les vrais motifs de chacun, autour d’enjeux économiques, qui amèneront Tony à se rendre au Ghana et non l’inverse. Avec des plans marquants, comme celui, zénithal, où Kojo s’enfonce dans un matelas devenant flammes, la mise en scène de Jérémy Comte joue sur l’alternance de moments de suspense et d’accalmie, les deux personnages recherchant en réalité, chacun à leur manière, un espace de paix. Traitant en arrière plan d’un phénomène qui gangrène ce pays d’Afrique et du coup des différences de richesse Nord/Sud, "Paradise" porte certes un titre ironique, mais appuie sur la persistance d’une forme d’humanité malgré l’embrigadement.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

Laisser un commentaire