PALESTINE 36
Aux racines du conflit
Synopsis du film
En 1936, la tension entre les Palestiniens et l’occupant britannique est à son paroxysme. La Grande Révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, est en marche, les citoyens prêts à prendre les armes s’il le faut…
Critique du film PALESTINE 36
Actuellement encore en lice pour être nommé aux Oscars 2026 (le film faisant partie des 12 présélectionnés à la récompense du meilleur film international), "Palestine 36" a le mérite d’avoir un pitch explicite, habilement résumé par la tagline de l’affiche : « 1936. La Grande Révolte arabe contre l’Empire colonial britannique ». Tout est contenu dans ces quelques mots, mais la réalité historique est bien plus complexe, justifiant aisément qu’on revienne sur cet épisode fortement méconnu et pourtant ô combien important pour le peuple palestinien.
Évidemment, aujourd’hui, une telle entreprise a une résonance particulière, un écho évident au triste quotidien de ce territoire du Moyen-Orient où l’actualité se raconte en nombre de bombes et de morts. Réaliser un long métrage en Palestine ne peut pas être un acte anodin, et la cinéaste Annemarie Jacir en a plus que conscience, se battant pour que toutes ses équipes techniques ainsi qu’une partie du casting soient palestiniens, luttant pour que sa caméra capture les paysages sur zone, refusant de délocaliser au maximum son tournage y compris après octobre 2023. Si tout n’est pas parfait dans le résultat final, ce drame d’époque est une vraie fresque historique, opératique et ambitieuse, où les destins individuels esquissent un schéma plus grand.
Mêlant de la fiction à des images d’archives, le récit suit différents personnages, des officiers anglais à une journaliste locale, symbole de l’émergence d’une pensée féministe, en passant par des paysans et rebelles, animant une chronique instructive et lyrique sur une région encore ensanglantée en 2026. Œuvre chorale et lumineuse malgré la noirceur des faits retranscrits, le film embrasse son côté épique, assumant une mise-en-scène parfois ostentatoire, pour mieux montrer l'horreur. Ici, on tire trop souvent avant de réfléchir, on tue avant de poser les questions.
Sans manichéisme, avec une écriture aiguisée et un montage ciselé, le métrage s’impose comme une leçon d’histoire aussi nécessaire que visuellement étonnante. Probablement trop long, et potentiellement gagnant à recentrer son intrigue sur quelques protagonistes plus forts, "Palestine 36" demeure un projet puissant, qui n’élude pas les interrogations sur le sionisme. Au-détour d’un dialogue ou d’un acte en arrière-plan, les mots prennent une autre dimension, les répliques deviennent des pamphlets anticolonialistes, les gestes banals, des emblèmes d’une contestation présente et à venir. La sentence est tristement irrévocable : l’histoire se répète, et on laisse la boucle se produire…
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur


