PAISITO

Un film de Niki Caro et Ana Díez

Un film qui manque de cohérence et d'audace

Xavi, footballeur urugayen, arrive en Espagne, le pays d’origine de ses parents, où il rejoint le club d’Osasuna. Il retrouve Rosanna, son amie d’enfance, exilée depuis les débuts de la dictature militaire en 1973. Ils se remémorent cette année difficile...

Avoir accès à un film uruguayen est une chose plutôt rare. Aborder l’histoire méconnue d’un pays lointain est certainement une chance. Deux raisons d’être a priori ravi de découvrir "Paisito". Problème : c’est une grosse déception. Le film s’enfonce dans une narration lourde qui complexifie pour rien le propos, et rend la réalisation bien fade. A quoi sert ce choix de flashbacks ? Avec un peu de talent, on sait que ça peut s’avérer payant.

Mais le couple Xavi-Rosanna ne fonctionne pas, notamment pour cause d’un jeu des acteurs qui n’est pas à la hauteur. D’ailleurs, l’ensemble de la distribution est globalement décevant, parfois même caricatural. Seule la petite Pía Rodríguez apporte une lueur particulière au film – et c’est sans doute la seule touche de véritable grâce dans ce film. En outre, les flashbacks ne sont pas crédibles, car on perd trop souvent le regard des enfants. Conséquence : le film manque désespérément de cohérence et de rythme.

Au final, la réalisation manque de créativité ou d’audace. Quelques détails apportent même la preuve d’un certain traditionalisme sclérosant (peut-être en partie dû au contexte culturel, il est vrai), notamment dans la façon de traiter la relation entre Xavi et Rosanna. Le jeu d’acteur médiocre n’est pas la seule explication. Cette liaison sonne faux à cause d’une mise en scène qui ne s’autorise pas de preuve "physique" des sentiments des personnages : non seulement le film fait preuve d’une grande pudeur dans le traitement de la nudité, mais il n’exploite pas non plus le potentiel des regards – ceux de Xavi et Rosanna n’interagissent pratiquement pas.

Etonnamment, le film se risque à quelque chose de plus aventureux là où on ne l’attend pas, en abordant de façon relativement osée (voire quasi érotique) la relation des deux gamins, filmés en petite culotte et avec des répliques plutôt coquines et inattendues dans la bouche d’enfants. Une telle audace sauve-t-elle le film ? Evidemment non, et cela pour pas moins de quatre raisons.

Premièrement, cela ne concerne que deux brèves scènes successives. Deuxièmement, l’audace reste malgré tout limitée et se combine paradoxalement avec une grande pudeur (un mélange relativement original, cela dit !). Troisièmement, cette scène n’apporte rien au film et paraît même complètement hors sujet. Quatrièmement, la séquence est autodétruite par la suivante, dans laquelle le personnage de Xavi adulte demande à Rosanna de façon naïvement stupide, s’ils avaient « baisé » à l’époque ! Ruiner la seule audace du film avec une telle réplique, c’est le pompon !

L’aspect historique, qui constitue pourtant le cœur du film, perd malheureusement son intérêt et sa force, victime d’un trop grand laxisme et d’un manque de style. Au final, "Paisito" est un réel gâchis, car le potentiel était là, tant d’un point de vue humain qu’historique, et les émotions ne passent pas.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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