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PADRE NUESTRO

Un film de Christopher Zalla

A la recherche du père

Juan et Pedro sont deux jeunes mexicains qui se lient d’amitié lors du trajet qui les mène clandestinement à New York. Juan n’a personne qui l’attend là-bas, mais Pedro raconte à son compagnon de voyage qu’il va retrouver son père, qu’il n’a jamais connu, et qui, à présent, est patron d’un restaurant à Brooklyn. Il lui montre aussi la lettre de sa mère adressée à son père, et qu’il garde précieusement. Une fois arrivé à New York, Juan se réveille. Ses affaires ont déjà disparu et Juan a déjà pris la fuite, apparemment décidé à se faire passer pour Pedro…

Cette petite coproduction argentine, réalisée par un américain et prenant le quotidien des immigrés clandestins mexicains pour décors, est un véritable petit bijou passé inaperçu dans les salles en janvier dernier. Sur une trame de film social, « Padre nuestro » tisse une passionnante intrigue d’usurpation d’identité, portée par un casting exceptionnel.

La grande force de ce premier film de Zalla ? Les acteurs, qui sont tout simplement brillants. Jorge Adrian Espindola, le naïf petit Pedro, désespérément sur les traces de son père, délivre un jeu intense qui passe essentiellement par les regards. Il fera la connaissance de Magda, une jeune junkie interprétée par l’actrice / réalisatrice Paola Mendoza. A travers leurs errances, Zalla explore le coté sombre de New York, les conditions de vie des SDF. L’autre point fort s'appelle Armando Hernandez, complètement irrésistible en petit manipulateur débrouillard prêt à tout pour tirer son épingle du jeu, dans la grosse pomme. Il va donc se faire passer pour le fils de Diego, un mexicain bourru qui n’est en fait qu’un simple plongeur. D’abord méfiant envers cet usurpateur, Diego va, petit à petit, se prendre d’affection pour ce jeune homme au culot indémontable. Cette passionnante relation est ce qui cimentera notre attention. Les intentions de Juan apparaissant de plus en plus troubles, on en viendra à se demander ce qu'il recherche: l’argent ou une figure paternelle ?

C’est d’ailleurs dans les zones d’ombres laissées sur le passé des protagonistes, et plus précisément sur celui de Juan, que « Padre Nuestro » reste exaltant tout du long. Vif, hargneux, avec une réalisation en caméra portée, à la manière d'un thriller, et une photographie insistant sur le coté crasseux des allées de Brooklyn, Christopher Zalla offre un premier film maitrisé, qui n’a pas usurpé son Grand Prix du Jury à Sundance.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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