TOP : 10 FILMS MARQUANTS DE LA CARRIÈRE DE JODIE FOSTER bannière © Claire Fridkin (licence CC-BY-SA-4.0)

ORWELL : 2+2=5

Un film de Raoul Peck
Avec Damian Lewis...

L’équation est simple : la fiction devient la réalité

Synopsis du film

George Orwell, écrivain britannique, part en 1946 pour l’Écosse rédiger ce qui sera son dernier roman, le très célèbre 1984. Ce documentaire retrace la vie du romancier et s’appuie principalement sur cette œuvre phare du XXe siècle, plusieurs fois adaptée au cinéma, qui démontre par A + B que 2 + 2 = 5 dès que nos sociétés virent au totalitarisme, une situation vers laquelle – alerte le réalisateur – notre monde contemporain dérive inexorablement…

Critique du film ORWELL : 2+2=5

Raoul Peck, cinéaste né au début des années 50 en Haïti, est surtout connu pour ses documentaires engagés qui, par la mise en lumière de figures du passé, permettent de voir différemment le monde d’aujourd’hui. On peut ainsi citer "I Am Not Your Negro" sur la lutte pour les droits civiques par le biais de l’écrivain James Baldwin ainsi que "Ernest Cole, photographe", dont le personnage-titre livre son regard sur les atrocités de l’Apartheid en Afrique du Sud. En faisant de George Orwell son nouveau porte-parole historique, Raoul Peck se penche moins sur l’écrivain que sur l’une de ses œuvres phares publiées en 1949, le roman dystopique 1984, dépeignant une société imaginaire – l’Océania – aux prises du tyran Big Brother. Ou quand la fiction devient la réalité.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’on théorise sur les talents de visionnaire de George Orwell. Son livre 1984 est fréquemment cité pour tirer le constat accablant que nos sociétés penchent de plus en plus dangereusement du côté obscur de la force, celle dépeinte dans le roman, faite d’autoritarisme et de totalitarisme. La première question que s’est posée Peck est de savoir comment Orwell en est arrivé à traiter ce sujet-là. C’est la partie biopic du film documentaire "Orwell : 2 + 2 = 5". Le réalisateur replonge ainsi dans l’enfance et la jeunesse de l’écrivain – malheureusement un peu trop rapidement – et en ressort ses traumas. L’auteur anglais est, en effet, marqué par sa vie d’officier en Birmanie au temps du colonialisme britannique, par la montée du fascisme en Europe, par la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de la guerre d’Espagne…

La seconde question que s’est posée le cinéaste est « Comment se fait-il que notre monde soit aujourd’hui encore orwellien, qu’a-t-on laissé faire ? ». Le roman 1984 semble, en effet, traverser les âges sans que son message fondamental, nourricier, ne soit compris, expliqué, transmis, pour que l’on ne reproduise plus les erreurs du passé… Sauf que l’Histoire ne semble être qu’un éternel recommencement. Raoul Peck endosse avec volonté et déterminisme le rôle de lanceur d’alerte pour montrer aux générations actuelles les pièges dans lesquels nous (re)tombons tous (con)sciemment.

Peck chapitre alors son propos avec les célèbres phrases issues du livre 1984, lesquelles sont illustrées d’images documentaires et cinématographiques dans un découpage minutieux : « La guerre est la paix » (ou comment Bush Jr entre en guerre en Irak, Poutine envahit l’Ukraine, Netanyahou bombarde Gaza…), « Liberté est servitude » (ou comment on entretient la montée des inégalités, les fractures sociales, la haine de l’autre…), « Ignorance est force » (à travers la désinformation, les fake news, la censure des livres, l’abrutissement des masses…).

Et s’il y en a bien un qui coche toutes les cases, c’est assurément ce bon vieux Donald Trump, qui semble être un des moteurs de motivation pour la production d’un tel documentaire ! Bien que l’analyse du bonhomme s’arrête à son premier mandat, on se rend vite compte que les événements trumpiens les plus récents sont le reflet le plus basique du bouquin. Posséder les médias pour mieux les contrôler, réduire les libertés de la presse et les accuser de mensonges, toujours avoir des ennemis, y compris dans son propre pays, diviser pour mieux régner… 1984 a dû être le livre de chevet de Trump, M. Doublepensée, mais pas pour les bonnes raisons…

Aujourd’hui, 1984 n’est plus seulement ce célèbre livre dystopique, il est devenu une inquiétante prophétie qui prend forme. Raoul Peck nous confond dans notre médiocrité à tirer les leçons du passé et nous somme d’agir vite. Loin du film de fiction, le cinéaste réalise un terrifiant documentaire du réel. Il livre une véritable démonstration rigoureuse, didactique, que d’aucuns pourront trouver trop mécanique et trop évidente. Mais l’est-on « trop » quand il s’agit d’éduquer, pour ne jamais avoir à dire que 2 + 2 = 5.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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