ORPHELIN
Le père qui manque, entre substitution et nécessité
Synopsis du film
Budapest. Quatre ans après la fin de la guerre, Andor, petit garçon juif, est récupéré par sa mère Klara dans un orphelinat. Quelques années plus tard, en 1957, alors que la révolution a été écrasée par les soviétiques, Andor , aux portes de l’adolescence, dont le père est censé avoir été déporté, voit sa mère se rapprocher d’un homme qui aurait été l’ami de celui-ci…
Critique du film ORPHELIN
Grand prix du jury en 2015 au Festival de Cannes avec son premier long, "Le Fils de Saul", immersion particulièrement éprouvante au sein d’un camp de concentration, le réalisateur hongrois Laszlo Nemes n’avait depuis réalisé que la fresque "Sunset", sombre plongée dans un empire austro-hongrois au bord du chaos, à l'approche de la Première Guerre Mondiale. La Mostra de Venise a donc accueilli en septembre dernier, son troisième film, "Orphelin", histoire d’un garçon juif en manque d’un père, sur fond de passage d’une persécution à une autre (nazie, puis communiste). Les détails fourmillent ainsi, en arrière plan de l’intrigue principale, pour décrire une société toujours rongée par l’antisémitisme, qu’il s’agisse du mépris des autorités pour les déportés, ou de la manière dont les veuves sont considérées.
L’auteur ouvre ainsi son film avec des plans en caméra subjective, symboliques de la condition d'alors juifs, alors que son futur héro, le petit Andor se cache au creux d’un tronc d’arbre, son orphelinat étant évacué. Si lui-même aura la chance de rejoindre sa mère, ce ne sera que pour être torturé par la présence d’un homme qui lui gravite autour, un boucher imposant (étonnant Gregory Gadebois, sorte d'ogre partiellement bienveillant), qui prétendra rapidement être son vrai père. Tâchant de brouiller les pistes quant à la réalité des filiations exposées, le scénario met en avant l’absence de confiance en les adultes du personnage principal, dont on suivra principalement le destin après 1957. Avec comme corollaire les sujets, non seulement de la vie ou la survie dans l’après guerre, mais aussi de la reconstruction des cellules familiales comme de la ville, ce portrait finit par toucher, par le mélange de quête du père (il espère le redémarrage de cette chaudière en sous-sol, à laquelle il se confie secrètement) et de refus d’une nouvelle forme de famille, dont fait preuve son protagoniste.
Grâce au choix des couleurs, au travail sur les décors, Lazlo Nemes crée un parallèle entre l’état émotionnel de son personnage, et ces lieux sans lumière, où l’oppression règne à nouveau. L’omniprésence des soldats et autres agents des services secrets (sortes de silhouettes rachitiques sous de grands impers, englobées de fumée) fait froid dans le dos, la situation des jeunes révolutionnaires traqués fait écho aux conditions des juifs cachés durant la guerre, et le comportement des autorités met en évidence la continuité des persécutions qui ressurgissent malheureusement aujourd’hui. Mais au beau milieu trônent deux personnages qui rêvent d’une nouvelle vie, ce boucher et cette mère que la honte envahit malgré la nécessité, confrontés à la possible désillusion d’un jeune homme qui peine à construire son identité et à voir de la lumière dans pareil contexte. La fête foraine en cours de montage, qui sert de cadre vers la fin, pourrait en être le vrai symbole.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


