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L'ORDRE ET LA MORALE

Un film de Mathieu Kassovitz
 

Second avis

Avril 1988. Deux jours avant des élections présidentielles s’annonçant serrées entre François Mitterrand et Jacques Chirac, une rébellion s’organise en Nouvelle Calédonie où une poignée de kanaks décide de prendre en otage une trentaine de gendarmes à Ouvéa pour protester contre le statut Pons mis en place afin d’affaiblir le pouvoir des indépendantistes. Mais la prise d’otage vire au bain de sang. Quatre gendarmes sont tués et le gouvernement décide d’envoyer le GIGN. En arrivant sur place, le capitaine du GIGN, Philippe Legorjus s’aperçoit que l’armée française a elle aussi été dépêchée sur les lieux. Ce qui ne lui laisse pas présager les meilleurs conditions pour négocier…

Article rédigé dans le cadre du Partenariat
avec l' « atelier critique » du Lycée St Exupéry

Trois ans après la sortie de son film « Babylon A.D. », au succès très relatif, le réalisateur de « La Haine » nous revient avec Christophe Rossignon (producteur des très bons « Metisse », « La Haine » et « Assasin(s) ») pour un film ayant trait à un événement méconnu et peu traité de la cinquième république : la prise d'otage d'Ouvéa en avril 1988. « L'ordre et la morale » s'inscrit donc dans la lignée de ces films français revisitant les crises de l'État français de cette dernière moitié de siècle.

Avril 1988, entre les deux tours de l’élection présidentielle opposant Mitterand à Chirac, un groupe d’indépendantistes kanaks prennent en otages une trentaine de gendarmes sur l'île d'Ouvéa. La réaction de l'Etat français est immédiate : 3000 militaires sont envoyés sur place, avec parmi eux, un commando du GIGN, celui de Phillipe Lecorjus, incarné par Kassovitz, un homme qui on le sait dès le début "N'a pas pu faire son travail".

Le film tourne donc autour des raisons pour lesquelles l'État et l'armée auront préféré lancer un assaut sanglant aux conséquences tragiques plutôt que de suivre l'alternative que Lecorjus présentait, une solution pacifique. Le personnage doit faire face tout au long du film entre l'ordre, celui de ses supérieurs, et la morale, la sienne.

Loin de tomber dans le manichéisme auquel on pourrait s'attendre, ce film nous rappelle, ou nous apprend pour les plus jeunes, l'existence de cet événement peu évoqué dans nos manuels scolaires ou rappelé dans les médias. Il ne s'agit pas ici de méchants et de gentils, le film ne prend partie ni pour les Kanaks, ni pour Lecorjus, ni pour l'armée, même si il ne respecte pas la version officielle de l'armée, et même si il est plus critique envers les hommes politiques de l'époque. Il nous montre ce qu'il s'est passé durant ces sept jours avant l'assaut et jusqu'à l'assaut final.

Un film s'appuyant sur un sujet tabou ne suffit pas à faire un bon film et le réalisateur le sait. La bande son, discrète mais présente là où il le faut, nous immerge dans le feu de l'action d'un assaut ou accompagne des scènes contemplatives de paysages calédoniens. L'interprétation est quand à elle bonne sans être sensationnelle : Kassovitz est très convaincant dans son rôle, les autres acteurs le sont eux, un peu moins. Enfin de nombreux plans, dont le premier, un flash-back, et le dernier (la suite de ce flash-back) laissent bouche-bée.

Avec ce film Mathieu Kassovitz revient et fait du bruit. En effet, il y a fort à parier qu'au delà de la polémique qu'avait provoqué son envie de le tourner sur les lieux du drame, ce film divisera.

Mohamed-Lamine Benayache
Lycée Saint Exupéry

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