OMAHA
Un portrait qui vous arrache le cœur
Synopsis du film
L’aube est proche. Martin porte délicatement son fils, Charlie, 6 ans, jusque sur les sièges arrière de sa voiture. Il réveille ensuite doucement sa fille Ella, 9 ans, et lui demande de ne prendre que les affaires nécessaires. Une fois dans la voiture, une femme policier, garée de l’autre coté de la rue demande à parler à Martin, puis pose un panneau d’éviction sur la porte de la maison. Ensemble, Martin et ses deux enfants partent vers le Nebraska, dans un véhicule qui a souvent du mal à démarrer…
Critique du film OMAHA
Prix du jury au dernier Festival de Deauville, "Omaha" fait partie de ces films qui comme "Nomadland", "Rebuilding" ou "The New West", parlent des démunis américains et utilisent les décors du Midwest pour signifier leur isolement et pour leur offrir un semblant de respiration, au grand air. Plus inspiré que d’autres, le film joue en permanence la carte de la sobriété, de jeu comme d’effets, préférant les non-dits, les silences et les regards, parfois fuyants, à toute autre forme d’expression. C’est ainsi que l’on suit Martin, engagé dans un road-trip, dont on ne sait s’il s’agit d’une fuite en avant ou d’un réel projet, cachant l’essentiel à un fils, Charlie, encore trop jeune et naïf pour comprendre, mais éveillant l’inquiétude dans le regard de sa fille, Ella. Formidables de naturels, les deux enfants, Molly Belle Wright et Wyatt Solis, s'avèrent de vrais atouts pour la sincérité de ce film, où leurs jeux et leur complicité resurgissent après chaque alerte d’une pauvreté qui les rattrape peu à peu.
Acteur dans "Past Lives", "The Big Short", ou encore "First Cow", John Magaro distille ici ce qu’il faut de mystère, alternant entre douceur paternelle et fierté rentrée lorsque le quotidien lui rappelle son manque d’argent. Utilisant aussi les récurrentes pannes de la voiture, comme le signe d’épuisement de ce père qui fait de son mieux et comme dernier bien qui leur appartient encore, mais qui est susceptible de disparaître, "Omaha" est aussi le nom d’une ville étape de leur périple, dont la localisation aura finalement une réelle importance sur la fin.
Les terribles cartons qui viennent éclairer un pan de l’histoire en conclusion, resserrent encore un peu plus la gorge de spectateurs déjà terrassés. Alors, même si vous devinez dans les premières minutes quelle sera l’issue du périple qui s’entame, alors que la nervosité de ce père aimant se fait grandissante, le voyage en la compagnie de ces trois âmes vaut sans hésitation le détour. Un détour qui se conclue par une terrible phrase, au sujet de laquelle il est bon de rappeler, dans l’Amérique d’aujourd’hui en particulier, que chacun a le droit de la prononcer, sans en avoir honte.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
