OLIVIA

Un film de Irene Iborra

Un bouleversant film d’animation espagnol, évoquant avec humour et sensibilité les expulsions à hauteur d’enfant

Synopsis du film

Espagne. Alors que sa mère reçoit un avis d’expulsion, la jeune Olivia, adolescente de 12 ans, décide de faire croire à son petit frère, Tim, qu’ils tournent en fait en secret un film dont il a le premier rôle. Une association leur vient en aide, leur proposant un logement de secours, au cinquième étage, avec d’autres familles délogées…

Critique du film OLIVIA

L’Espagne a été durement touchée par la crise de 2008 et la crise de l'immobilier qui s'en est suivie. Il s’agit là d’un véritable traumatisme pour la société civile et d’un scandale d’État, puisque des milliers de familles se sont retrouvées expulsées dans les années qui suivirent, incapables de payer leurs emprunts. Une situation dramatique d’autant plus révoltante que les délogées, privés de leur appartement ou maison, se retrouvaient de plus à devoir continuer à payer leur emprunt… jusqu’au bout, le logement devenant, lui, propriété des banques. En s’attaquant à ce sujet de manière détournée, avec le personnage d’Olivia, consciente de ce qui se passe et de la détresse de sa mère, décidant d’enjoliver le quotidien de la famille, en racontant un doux mensonge à son petit frère, Irene Iborra réussit un film d’animation sensible et émouvant pouvant parler à toute la famille.

C’est par petites touches que la réalité de la situation est amenée, entre une mere d’une copine qui ne veut plus d’Olivia à la maison, une soudaine coupure d’électricité, ou l’absence de chauffage qui oblige mère et petit frère à s’inventer un jeu autour du pôle nord. Naturellement l’animation permet d’incarner l’imagination salvatrice au sein de l’appartement, d’une aurore boréale à des icebergs, en passant par l'apparition d'une baleine. Le drame à venir et l’instabilité qu’il entraîne sont également incarnés par l’irruption d’un tremblement de terre et l’apparition de fissures, de plus en plus menaçantes. Une parabole à l'interprétation multiple, qui peut aller jusqu'à représenter l'état de cette famille sur le point de se disloquer. Car la vrai menace, en dehors du relogement temporaire, est sans doute l’incapacité de la mère à faire face et le risque de voir les enfants emportés par les services sociaux.

Réussissant ainsi à parler de deux sujets difficiles à expliquer aux enfants (les expulsions, l'épuisement mental de la mère), "Olivia" est un film tourné en stop motion, avec des marionnettes d'une belle expressivité. Il permet de mettre en avant la nécessité d'entraide, entre familles ou entre mères, ce thème donnant d'ailleurs une très jolie scène au style graphique totalement différent (du sable animé, de différentes couleurs, lorsqu'il s'agit de représenter l'attitude des mères en Gambie). Parvenant à protéger l'enfant de la violence de la situation, ce récit qui stimule l'imagination est à la fois drôle et profondément humain. Assurément l'un des meilleurs films d'animation de l'année, Prix Paul Grimault au dernier Festival d'Annecy et nommé aux récents European Film Awards 2026, dans les catégories meilleur film d'animation et meilleur film, "Olivia" est une formidable alternative aux grosses machines américaines en 3D.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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