avec ou sans moustache

L'ODEUR DE LA MANDARINE

Un film de Gilles Legrand

L’amertume de la mandarine

Nous sommes en 1918, la première guerre mondiale est proche de son dénouement. Pour Charles, officier de cavalerie, il y a déjà plusieurs semaines qu’elle est terminée. Le voilà dans son château avec une jambe en moins et pour seul entourage une gouvernante et un maître d’hôtel déjà bien âgés. C’est alors qu’arrivent Angèle, sa nouvelle infirmière à domicile, et sa fille Louise. À elles deux, elles vont redonner vie au château et à son châtelain…

Selon ses propres dires, Gilles Legrand voulait mettre en scène une histoire d’amour dans "L’Odeur de la mandarine", ce que laissait également paraître la bande-annonce du film. Cette histoire d’amour est vécue par un homme mutilé par la guerre et une femme ayant perdu au front le seul qu'elle ait jamais aimé et le seul qu'elle aimera. Ce tableau aurait pu avoir quelque chose de romantique si le personnage d’Angèle, interprété par Georgia Scalliet, n’était pas si glacial. On s’attend à voir un mariage de raison se transformer en véritable passion (encore une fois ce sont les mots du réalisateur) mais il n’en sera rien.

On voit le pauvre Charles ramer avec sa guibole coupée autant qu’il rame avec sa supposée bien-aimée au point que cela en devient presque gênant. Et même lorsqu’elle réduit légèrement le fossé qui les sépare, c’est lui qui la repousse laissant ainsi une perpétuelle distance entre les deux personnages dont la romance est censée être la base du film. C’est certain, mariage motivé par la sécurité matérielle et financière d'un côté et par le sexe et la peur de la solitude de l'autre, peut difficilement transporter le spectateur comme l'ont fait les histoires de "Titanic" ou de "N’oublie jamais". On est donc plus proche de l'histoire d’amour bancale que de celle qui fait rêver.

Pourtant, Gilles Legrand a déjà prouvé qu’il savait émouvoir comme dans les poignants "Malabar Princess" et "Tu seras mon fils". Mais "L’Odeur de la mandarine" est trop brutal, trop cruel et trop amer pour qu'on ait envie de s'identifier à l'un ou l'autre des protagonistes de cette pathétique histoire d'amour.

Peut-être est-ce un problème d'époque ? La guerre de 14-18 fait encore rage et est présente tout au long du film en bruit de fond, nous rappelant en permanence la violence et la cruauté de cette époque. Une histoire d'amour pleine d'amertume sur fond de violence et de cruauté : difficile pour le spectateur de se raccrocher à quelque chose, même si le décor rend l'ensemble un peu moins terne et triste. D'ailleurs, le film est visuellement assez agréable à regarder même si, dans le fond, il ne propose rien de novateur.

Adrien VerotEnvoyer un message au rédacteur

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