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Un film dont vous ne ferez qu’une bouchée (à Larraín)

Après « Tony Manero » (2008) et « Santiago 73, Post mortem » (2010), Pablo Larraín livre le troisième et dernier volet de son analyse cinématographique du régime Pinochet au Chili. « No », présenté à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2012 d’où il est reparti avec le prix Art cinema award, revient rigoureusement sur tous les événements qui ont précédé ce vote en suivant les opposants au dictateur qui ont créé la campagne du « Non ». Plus qu’à un film politique, le spectateur est convié à découvrir une œuvre historique et sociale forte.

Comme pour livrer un témoignage d’archive, Pablo Larraín a utilisé le même format que les images réalisées dans les années 80, en 4:3, avec des caméras à tube Ikegami de 1983. Certes, l’image semble abîmée, mais le résultat est empreint d’une réalité rarement observée dans les films historiques. Le travail sur les décors et les costumes ajoute au réalisme du passé. Dans le récit, enfin, Pablo Larraín utilise le ressort de la publicité pour dépeindre les tendances socio-culturelles de la fin des années 80, de la promotion des premiers fours micro-ondes aux campagnes télévisées pour les boissons au cola.

Mais la publicité est surtout utilisée à des fins politiques, comme enjeu de démocratie. Celui qui l’incarne c’est René Saavedra (remarquable Gael García Bernal) qui appliquera ses méthodes publicitaires quotidiennes pour faire gagner le « Non » face à Pinochet. Sa stratégie ? La vision d’un avenir meilleur, l’assurance du bonheur avec ce slogan : « Alegria viene (Happiness is coming) ». L’homme avait compris comment utiliser le système néolibéral mis en place par la dictature pour mieux se l’approprier et en faire une promesse électorale. Avec Saavedra, le changement, c’est maintenant !

Larraín revient donc avec minutie et ardeur sur le calendrier du référendum, la réalisation des formats publicitaires de 15 minutes, les intimidations et les menaces dont ont fait l’objet chacun des instigateurs de cette campagne du « Non », la ferveur du peuple qui a conduit à une manifestation durement réprimée, l’indifférence du gouvernement en place avant qu’il se mette en ordre de bataille du fait du succès progressif du "Non"… Le spectateur ne voit pas le temps passer et le réalisateur distille habilement tension et humour dans son film qui raconte le happy-end de l’ère Pinochet. Alors, un grand oui à « No » !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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