NARCISO
Le petit protégé face à la dictature
Synopsis du film
À la fin des années 50, au Paraguay, le jeune Narciso parvient à convaincre Don Luis, directeur de la radio nationale (Radio Capital), de faire une place à une émission de rock’n roll. Le principe est simple : celui-ci présente, la radio passe un disque, et il danse devant le jeune public qui en fait de même. Mais l’arrivée de la dictature militaire va mettre en péril ses arrangements, le parti en place souhaitant lutter contre l’immoralité…
Critique du film NARCISO
"Narciso" est un film particulièrement tendu, dans lequel la musique a une réelle importance, puisqu’une bonne partie de l’intrigue se déroule dans un studio de radio (la Radio Capital du Paraguay), à une époque charnière où le rock'n roll était en pleine percée, jusqu’en Amérique latine. Cette musique, symbole de liberté et de joie pour toute une jeunesse, va venir ici se heurter à l’élection d’un parti d’extrême droite (les affiches « votez El Rubio » fleurissent dans le décor de la ville au début du film) qui va faire la chasse à tout ce qui n’est pas « traditionnel » en termes de culture et aux prétendus « invertis ». Le personnage de Narciso, dont on connaît le destin fatal dès l’introduction, va finalement représenter ces deux dangers supposés à la fois, lui qui couche avec sa logeuse, flirte avec son patron (un gay honteux qui fait le tour des prostitués le soir en voiture…), et tomber sous le charme de Ian, un américain travaillant à l’ambassade.
Dans une ambiance nocturne quasi permanente, comme si le pays était déjà plongé dans la noirceur de la dictature, "Narciso" se construit en requiem d’un jeune homme libre qui se laisse aller à ses pulsions. Mais cette nuit est aussi synonyme d’ébats interdits, entre les ruelles sombres où les hommes tapinent, le bordel où hommes et femmes, comme hommes entre eux, se mélangent, ou cette centrale de traitements des eaux qui devient un soudain lieu de fantasme. L’arrivée du personnage interprété par Nahuel Perez Biscayart, Ian Wenan, second de l’Ambassade américaine, représente en effet un tournant dans l'incarnation de la sexualité du personnage principal (remarquable Diro Romero), avec tout le risque que suppose la moindre visibilité dans le contexte du moment. Particulièrement réussi à ce niveau là, "Narciso" a bien mérité son Prix de la critique internationale (FIPRESCI) dans la section Panorama du festival de Berlin 2026.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
