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MY LITTLE PRINCESS

Un film de Eva Ionesco

Innocence amputée

A dix ans, Violetta est embrigadée par sa mère, une photographe fantasque ne vivant que pour l’art, pour faire des photos de charme macabres.

C’est sa propre histoire que relate ici la réalisatrice d’origine roumaine, autrefois égérie érotique pré-pubère introduite dans le microcosme de l’art des années 70. Au-delà d’un témoignage de sa propre expérience, c’est un véritable règlement de compte d’une femme qui se rend compte aujourd’hui de l’enfance que sa mère lui a retiré, au nom de la liberté d’expression et de l’art.

Alambiqué, imparfait, copieusement baroque, « My little princess » affiche de nombreuses indigences. Toujours est-il qu’il laisse à l’issue de sa projection une certaine empreinte, puisqu’il interpelle et questionne copieusement sur les limites de l’art et rappelle à quel point les mœurs des années peuvent paraître scandaleuses aujourd’hui. A l’époque, on ne parlait pas encore de pédopornographie mais sans aucun doute, les photos d’Irina Ionesco n’auraient pas fini de faire monter au créneau toute la classe politique française et de faire bien plus couler d’encre qu’à l’époque.

Abordant d’abord les séances de photos coquines comme un jeu, la petite Violetta finit vite par se rendre compte de la manipulation dont elle fait l’objet, lorsque sa mère lui demande d’écarter un peu plus les cuisses ou de prendre des poses suggestives avec des hommes pour quelques milliers de francs… A travers la stupéfiante Anamaria Vartolomei qui se métamorphose, en l’espace de quelques pauses, d’une petite fille innocente de dix ans en une mini-pin-up aux allures de tsarine, Eva Ionesco évoque le décalage avec ses camarades (notamment lors des séquences à l’école de fort belle manière).

Qu’il s’agisse d’Isabelle Hupert, décidément accrochée aux rôles de mères borderline, ou Anamaria Vartolomei, les actrices sont excellentes. Malheureusement, elles jouent toutes seules, chacune de leur côté. Il est difficile de percevoir une once de complicité et de répondant entre les comédiens. Ajoutons à cela un coté théâtrale aux allures baroques qui rappellent peut-être cette époque révolue mais laisse un coté désuet qui se marie très mal avec le sujet scabreux de l’histoire. Finalement, le spectateur est vite laissé de côté, face à ce règlement de comptes entre mère et fille.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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