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THE MURDERER

Un film de Na Hong-jin

Efficace mais brouillon : une petite confirmation pour Hong-jin Na

Entre la Corée du Sud et la Chine, la mer jaune est une véritable zone de transit pour tous les clandestins voulant tenter leur chance en Corée. Ces derniers partent le plus souvent de Yani, ville chinoise coincée entre la Russie et la Corée du Nord, où vivent quelques huit cent mille sino-coréens. Parmi eux, Gu-nam, un chauffeur de taxi accroc au jeu. Criblé de dettes, il accepte la proposition de Myun qui lui demande de tuer une cible à Seoul contre une belle somme d’argent...

Trois ans après la séance de minuit cannoise qui nous avait fait découvrir le puissant, l’extraordinaire, « The Chaser » devenu une référence en matière de thriller, le coréen Hong-Jin Na nous revient avec ses deux compères, Yun-seok Kim et Jung-woo Ha avec « The Murderer », un polar urbain sur fond d’immigration. A contrario de son précédent opus qui commençait sur les chapeaux de roues dès les premières minutes, « The Murderer » prend son temps pour installer son récit bien plus ample et complexe que l’histoire d’enlèvement de « The Chaser ». Ce nouvel opus ancre ses enjeux dans un contexte bien plus social. On y découvre les « Joseon-Jok », ces sud-coréens exilés en Chine et persécutés dans leur pays d’origine, mais aussi toute la cupidité des marchands de misère.

Le génial Yun-seok Kim, déjà extraordinaire dans « The Chaser », est encore une fois saisissant dans son rôle de parrain local. La séquence de la rencontre entre Gu-nam et Myun se découvre avec délectation tant l’acteur y déploie un charisme d’envergure. Quant à Jung-woo Ha, il est, comme à l’accoutumé, méconnaissable. De films en films (« My Dear enemy », « The Chaser »…), ses attitudes, ses traits, son look se transforment pour le métamorphoser à chaque fois en personnages diamétralement opposés. D’un déviant tueur sanguinaire dans « The Chaser », il passe à un insignifiant chauffeur de taxi forcé à exécuter un sombre inconnu dans un pays où il est indésirable. Et qui de mieux qu’un caméléon comme Jung-woo Ha pour incarner cette décente aux enfers qui fera passer Gu-nam d’un homme méprisé à un prédateur traqué par un pays tout entier ?

Si l’écriture fine développe les personnages principaux avec précisions, il est regrettable que la multitude d’autres seconds rôles sème la confusion dans l’esprit du spectateur. Sur les deux heures vingt, il est assez fréquent de se demander qui est le personnage à l’écran, ainsi que son utilité dans l’avancement du récit. Malgré cette réserve, on retrouve une nouvelle fois cet excellent sens de la mise en scène, truffée de raccourcis stimulant savamment le rythme du récit et temporisant quelques séquences d’action éreintantes. Toujours très efficaces, elles confirment tout le bien que l’on pouvait penser du réalisateur à la vue de son premier polar. Chez Na, les coups de feu se font rares, les armes blanches, en revanche, prolifèrent. Tout cela donne lieu à de jubilatoires chorégraphies sanglantes. Car c’est toujours plus exaltant de voir deux hommes se charcuter au couteau ou à la hache qu’avec de vulgaires pistolets.

En revanche, là où les séquences de corps à corps de « The Chaser » étaient filmées avec une brillante limpidité, celles de « The Murderer » s’avèrent souvent complètement tremblantes et confuses. Il est par ailleurs regrettable que Na abuse de cette caméra constamment instable pour accentuer une ambiance pesante et peu rassurante alors qu’il avait su l’utiliser avec parcimonie pour son premier opus. Alors même si ce polar reste d’une redoutable efficacité, on sent que Hong-jin Na a plus de moyens et en profite pour ne pas lésiner sur les courses poursuites, les combats. La poursuite à pied entre deux hommes dans « The Chaser » devient une chasse à l’homme impliquant une horde de flics, le petit accident de camionnette devient un tonneau de camion dix-huit tonnes, etc. Cette surenchère confère au film un côté hollywoodien qui dénote quelque peu par rapport à « The Chaser » pour lequel le réalisateur avait su faire dans la sobriété, ce qui, pour le coup, faisait toute l’excellence de sa première œuvre.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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