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MOXIE

Un film de Amy Poehler

Un teen movie féministe qui fait du bien !

Vivian est une lycéenne plutôt introvertie. Mais une série d’évènements la conduisent à créer anonymement un fanzine féministe intitulé « Moxie » pour dénoncer les comportements sexistes au sein de son établissement…

Sortie le 3 mars 2021 sur Netflix

Évacuons rapidement les principaux griefs. Certes, la mise en scène n’est guère innovante et hésite constamment entre la volonté de coller aux normes du teen movie scolaire (car la cible principale est ouvertement ado) et le souhait de s’en détacher. Ajoutons à cela des lourdeurs ou maladresses, quelques incohérences, une tonalité qui pourrait être qualifiée de gnangnan, ou encore un discours manquant parfois de nuance. Bref, on aurait plein de raisons de médire sur "Moxie".

On aurait pourtant tort de cracher sur un tel film, que Netflix a le bon goût de sortir quelques jours avant la Journée internationale des droits des femmes. Car sous ses apparences partiellement mièvres, "Moxie" a au moins une grande qualité : celle de bien sentir notre époque. Post-MeToo et post-Greta Thunberg, le film d’Amy Poehler prend le pouls d’une jeunesse qui se lève contre ce qu’elle n’est plus en mesure d’accepter voire de subir, prenant le relai des générations précédentes en se réappropriant leurs combats pour les adapter à leurs habitudes – par exemple en utilisant les réseaux sociaux. Si le féminisme est le thème principal, les dialogues font aussi allusion, par petites touches, à d’autres luttes ou débats du 21e siècle, comme « Black Lives Matter » ou le concept d’appropriation culturelle (un personnage se demandant si le thème hawaïen d’une soirée est respectueux de cette culture).

Si les messages du film sont parfois un peu trop explicites et monolithiques, "Moxie" ne verse pas pour autant dans une naïveté manichéenne. Les personnages masculins ne sont pas tous assimilés de façon caricaturale à un patriarcat oppressant et arrogant : le jeune Seth est un modèle d’homme moderne sachant soutenir les luttes féministes tout en restant en retrait pour laisser les femmes et filles au centre du combat, et le prof de français, bien que parfois maladroit, s’avère un supporter positif de la cause des femmes. On sent également une variété de visions chez les protagonistes féminins : la mère (incarnée par Amy Poehler elle-même) a participé à une précédente vague féministe mais semble avoir laissé partiellement ses illusions au placard ; la proviseure (interprétée par Marcia Gay Harden) ferme les yeux sur les situations de harcèlement ; la meilleure amie paraît lâche et jalouse quand sa copine s’engage et se rapproche alors d’autres élèves…

Pertinent, le film l’est encore plus dans sa façon de montrer comment le sexisme s’insère dans toutes les situations du quotidien au point de passer inaperçu dans une société qui s’est trop longtemps habitué à certains actes ou propos. La scène du gymnase est exemplaire : l’indignation de certaines filles est provoquée par une prise de conscience progressive de l’indécence du sexisme ambiant à partir d’une série de « détails » qui n’en sont désormais plus !

Le tout est porté par une bande-son mélangeant pop, punk et girl power (avec notamment le très beau "No Going Back" de Yuno en ouverture, mais aussi l’apparition d’un girl band à découvrir : The Linda Lindas), qui accompagne une libération de la parole graduelle, laquelle se heurte aux conventions et à divers blocages, jusqu’à une fin pleine d’espoir et de solidarité. Franchement, peu importe si c’est vaguement mielleux : ça fait du bien ! Et on aimerait que les dessins des étoiles deviennent viraux au point d’être arborés par les élèves du monde entier !

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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