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MON PERE EST FEMME DE MENAGE

Un film de Saphia Azzeddine

Une histoire de mots

Polo est un adolescent curieux et avide d’apprendre, à qui le collège réussit plutôt bien. Mais en famille ce n’est pas simple. Entre une sœur qui rêve d’être élue Miss et une mère alitée qui passe ses journées devant la télé, il n’y a que son père qui, vraiment, le soutient, l'encourageant à passer son brevet et à poursuivre jusqu’au Bac. Or celui-ci, est femme de ménage…

Avec l’adaptation de son roman éponyme, Saphia Azzeddine passe pour la première fois derrière la caméra. Dans la lignée de « LOL » de Lisa Azuelos ou encore des « Beaux Gosses » de Riad Sattouf, « Mon père est femme de ménage » aborde le sujet de l’adolescence en prenant pour personnage principal Polo, un garçon d’une quinzaine d’années. À la différence près qu’il ne s’agit pas juste de faire un film drôle et un peu léger. On rit de bon cœur c’est vrai, mais les clichés exposés servent, ici, à dénoncer une certaine réalité. Derrière la façade de la bonne comédie française un peu niaise se cachent finalement beaucoup de vérités. En effet, Saphia Azzeddine dit franchement ce qu’elle pense et n’épargne personne – encore moins Diam’s. On rit de tout et de tout le monde, des blacks aux blancs, de l’inculture des uns à l’arrogance des autres… Mais que pense t-on finalement ?

La famille de Polo peut paraître simple et ordinaire, mais ne l’est pas vraiment. Suzanne la mère passe ses journées au lit à regarder la télé pendant que sa fille, Alexandra, la blonde bébête, rêve de devenir Miss et ne comprend pas grand chose aux conseils de son petit frère. Pour tirer tout ce petit monde, il y a Michel, le père, qui « regarde plus souvent le sol que le ciel » puisqu’il est femme de ménage… Ce n’est pas tant le métier qui pêche au final, mais plutôt le manque de culture d’un homme qui n’arrive plus à suivre son gamin et se retrouve dépassé par les événements.

Le cadre est posé : la banlieue. Depuis « La Haine » de Mathieu Kassovitz, en passant par « L’esquive » de Abdellatif Kechiche, c’est un terrain que l’on connaît bien. Mais comment l’aborder pour ne pas en faire trop et tomber dans des extrêmes comme le « tout va bien » ou le « tout va mal » ? On pourrait reprocher à Saphia Azzedine une comédie un peu trop faite de bons sentiments puisqu’ici Blacks, Blancs, Beurs font copain-copain et la vie semble couler simplement sans trop de heurs. Malgré une image, sûrement embellie, d’un quotidien pas si facile en réalité, on voit bien que tout n’est pas rose. C’est sur le ton de l’humour que les différences sont abordées - d’où la légèreté perçue au premier abord -, mais dans le fond, même si tout le monde vit ensemble, chacun se sent un peu à part. A commencer par Polo, qui parle de choses que sa famille ne comprend pas. On se moque avec plaisir de l’inculture de sa mère et sa sœur qui cherchent en vain si l’on dit plutôt « laxiscisme » ou « laxatisme » pour finir par tomber d’accord sur l’adjectif « lacxive ».

Lorsque l’on prend conscience que les mots nous manquent, on finit par se taire. C’est ce que le père de Polo, Michel, vit au quotidien. Et c’est là où l’on touche à un peu plus de profondeur. Maladroit avec son fils, il nous émeut par sa simplicité et son honnêteté. Il aimerait bien faire plus mais ne peut pas. Seul face à son incompréhension, il doit tenir bon et assumer ce qu’il est : juste lui-même.

Aujourd’hui, on ne cesse de parler des bienfaits de la communication - très bien. Mais comment faire quand, ensemble, nous n’arrivons pas à nous comprendre, faute de texte ? L’importance des mots est négligée alors que la résolution du conflit tient peut être en quelques lettres. Prenons-donc note de la réflexion apportée ici et avec un sourire, passons-nous le mot !

Anne-Claire JaulinEnvoyer un message au rédacteur

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