MON GRAND FRÈRE ET MOI
Un portrait de famille tout en nuance
Synopsis du film
Riko est une autrice à succès, travailleuse et mère de famille attentionnée. Tout le contraire de son frère aîné, électron libre qui n’a jamais eu les pieds sur terre, ni jamais su assumer ses responsabilités. Une incompatibilité de caractère qui a poussé Riko à couper les ponts. Mais quand son frère décède subitement, c’est à elle, en tant que seule famille restante, que revient la tâche de régler ses affaires. Une plongée dans l’intimité de ce frère si éloigné qui pourrait bien bouleverser l’idée qu’elle s’en était faite…
Critique du film MON GRAND FRÈRE ET MOI
"Mon grand frère et moi" est déjà le sixième long métrage de Ryôta Nakano, cinéaste nippon que l'on connaît en France seulement depuis l'immense succès de "La famille Asada", son dernier film en date et le seul à avoir franchi nos frontières. Ceux qui étaient tombés sous le charme de cette famille atypique, adepte de photographie en costume, ne seront pas déçus par ce nouveau métrage. On y retrouve les mêmes thématiques et le même ton, qui oscille entre rires et larmes, porté par des personnages un brin loufoques, mais profondément touchés par les aléas de la vie.
Avec la même acuité qui a fait le succès de son précédent long, Ryôta Nakano ausculte la relation conflictuelle de Riko et de son frère aîné (qui n'a pas d'autre nom). Il faut dire que celui-ci n'a pas une personnalité facile, à la fois doux rêveur au charme indéniable et flemmard impénitent adepte du chantage affectif. On l'aime ou on le déteste, ou les deux à la fois, ou l'un après l'autre. Bref, vous l'aurez compris, c'est compliqué. Riko a une animosité depuis son plus jeune âge envers ce frère exubérant qui vampirise l'attention parentale et la relègue au poste de petite fille sage qui doit trouver d'autres moyens de se faire remarquer. Une situation familiale que l'on comprend rapidement être le terreau du caractère réservé mais industrieux de Riko adulte, grâce à quelques flash-back bien sentis.
Ce frère ne cessera de l'encombrer tout au long de sa vie, lui demandant fréquemment de l'argent pour éduquer son fils, jusqu'à ce que Riko cesse tout bonnement de répondre à ses mails insistants et pleins de belles promesses. Hélas son frère décédera peu de temps après, comme pour mieux revenir l'enquiquiner sous la forme d'un revenant. Une sorte de projection de la culpabilité de Riko, sauf que le bonhomme n'éprouve pas la moindre rancœur envers sa sœur qui a ignoré ses appels à l'aide. Il semble apparaître aux yeux de sa sœur uniquement, pour effectuer ses pitreries habituelles ou faire ses courses en toute tranquillité. Notons que Joe Odagiri est impeccable dans ce rôle étrange de fantôme trublion, tout comme Kô Shibasaki dans celui tout opposé de la femme sérieuse et introvertie.
Au-delà de nous proposer un portrait familial atypique et pertinent, Ryôta Nakano nous interroge également sur la nature du mensonge. Que ce soit un mensonge pieux, un embellissement de la vérité ou un mensonge par omission, les raisons du mensonges peuvent être variées, et le mensonge lui-même parfois excusable. On retrouve dans cette thématique un peu de la morale de l'enfant qui criait au loup. Et si le frère de Riko avait fini par devenir cet enfant ? La vérité n'est pas toujours si évidente et les choses comme les individus sont rarement tout blanc ou tout noir. Il en va de même de ce frère dont Riko va découvrir, au fur et à mesure de la reconstitution de ses derniers jours, quelques bons côtés, voire même, par certains aspects, une sorte de grandeur d'âme. "Mon grand frère et moi" possède une écriture toute en nuance qui permet d'encenser les qualités des protagonistes, tout en condamnant leurs défauts, de même qu'elle permet un équilibre parfait entre rires et larmes, entre l'émotion du deuil et les maladresses de personnages profondément humains.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

