MICHAEL

Un film de Antoine Fuqua

Ça Beat it pas trop

Synopsis du film

Michael n’est alors qu’un enfant lorsque son père l’entraîne de force en compagnie de ses frères à devenir un boys band talentueux. Le reste appartient à l’Histoire : les Jackson Five font irruption dans la vie et les oreilles des gens, et le succès est immédiat. Mais le cadet de la fratrie, Michael, a ce quelque chose en plus qui fait de lui un artiste à part entière et il passera le reste de sa vie à le prouver en devenant le Roi de la Pop…

Critique du film MICHAEL

Depuis le succès tonitruant de "Bohemian Rhapsody" de Bryan Singer en 2018, les studios se sont rappelé que les artistes musicaux populaires sont une propriété intellectuelle intarissable et qu’ils feront se déplacer les foules de fans, qu’importe la qualité globale du produit fourni. De Bob Dylan ("Un parfait inconnu") à Elton John ("Rocketman") en passant par Amy Winehouse ("Amy", 2024), le biopic musical est devenu la petite coqueluche des studios US, frileux de porter des œuvres intéressantes (au hasard "Love and Mercy" sur les Beach Boys en 2014) mais partants pour nous abreuver de longues pubs à la gloire du ou des chanteurs/chanteuses.

Et ce "Michael" ne fera malheureusement pas exception à la règle, rejoignant la désormais très grande liste des biopics foireux et foirés. Par son metteur en scène, Antoine Fuqua, qui ne trouve des envolés que par un montage frénétique lors de séquences de concert avec publics en images de synthèses et qui reste sur le mode retranscription bête et méchante d’une page wikipédia, on ne peut pas dire que le film brille par sa vision, comme c’était le cas d’un "Elvis" de Baz Luhrmann. Bien au contraire, l'absence totale de commentaire sur cette grande figure de la pop rend le film si poli, si sage et consensuel, que l’ennui pointe le bout de son nez très vite. En fait, le film ne ressemble pas à un film : nous sommes face à un enchaînement de passages obligés liés à ce genre si balisé, dont les résolutions sont si faciles et artificielles que même ce héros si particulier ressemble à monsieur et madame tout le monde.

Les velléités de mettre en avant la relation toxique avec son père (porté par un Colman Domingo qui fait ce qu’il peut avec le peu de substance qu’il a) n’étaient pas pour nous déplaire, mais il aurait fallu plus d’impacts et des dialogues écrits avec un minimum de subtilité pour rendre compte de la maltraitance qu’a subi Michael Jackson pendant toute son enfance. On sent bien une volonté de la production (dont son ex agent John Branca fait partie), de laisser dans l’ombres les zones de mystères qui alimentent encore aujourd’hui les tabloïds. Ne vous attendez pas à aller creuser les recoins sombres de sa psyché, ici Michael est un être sensible qui passe son temps avec ses peluches ou à rendre visite à des enfants handicapés. Jamais le film ne se penchera sur les questions qui nous ont tous maintenu éveillés à l’époque des scandales. Le film ne se concentre de toute façon que sur une partie de sa vie (l’enfance et la création des deux premiers albums) avec, certes, une minutie dans la reconstruction, mais aussi un manque flagrant d’éclats et d’idées pour mettre en boîte tout ça avec un semblant de panache.

Vous verrez bien entendu la création du célèbre clip “Thriller”, sans en apprendre davantage ni même être galvanisé par ce que vous voyez tant le métrage déballe son programme robotique avec l’émotion d’une mouffette. Alors oui, vous serez servi en ce qui concerne les tubes et moments de danse (on ne peut que applaudir le mimétisme confondant de son neveu, Jaafar, qui reprend ses traits ici), mais jamais la mise en images ne dépassera le postulat de la retranscription. Pour les fans peu regardants, le film pourrait faire l’affaire, pour les autres revoyez "This is it", film posthume sur un concert jamais fait, ou encore le making of du clip “Thriller” de plus d’une heure trente disponible sur Youtube. Promis, ça sera plus intéressant que ce torchon qui se rêve grand film à la gloire de sa star. La seule chose qu’il accomplit, c’est justement de la rabaisser au niveau d’un artiste quelconque, tant cette destinée si unique devient banale dans les mains de la production.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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