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LES METAMORPHOSES DU CHOEUR

Un avatar monocorde d’ « Etre et Avoir » musical !

Ce documentaire suit les préparations d’une chorale d’amateurs du 13 ème arrondissement de Paris en vue d’un concert : 30 enfants, 20 adolescents et 30 adultes sous la direction de Claire Marchand...

Tout semble en place pour suivre un style digne de « Etre et Avoir » (mêmes producteurs) : la caméra observe sobrement et le commentaire est absent. Mais n’est pas Nicolas Philibert qui veut ! Et malheureusement Marie-Claude Treilhou, malgré son implication dans les fameux Ateliers Varan (ndlr : http://www.ateliersvaran.com), ne semble pas avoir le talent, l’expérience et l’inspiration des auteurs du documentariste césarisé, du moins pas pour ce film-là. Car l’absence de variété des plans et du montage crée une réalisation monocorde ennuyeuse, le comble pour un film sur la musique !

Lorsque Claire Marchand prononce involontairement l’absurde pléonasme « je regarde à hauteur de mes yeux » (ce n’est pas un reproche, ça arrive à tout le monde !), elle paraît dévoiler l’incapacité du film à se dégager de son sujet en diversifiant les plans et les séquences. Au lieu de ça, la caméra se contente d’être presque irrémédiablement statique, dans un huis clos étouffant, et le montage enchaîne inlassablement les mêmes séquences de répétition, refusant de sortir de cette logique itérative dans des moments de respiration et de transition qui auraient aéré le film tels des silences entre les notes. A force, cela ne nous apporte rien et le film s’auto - emprisonne inexorablement comme dans deux miroirs qui se font face !

Aussi, ce documentaire sonne comme un contrepoids intello (volontairement ou non) face aux Choristes ou à la Star Ac’, en refusant l’interactivité. La sobriété n’est pas un problème mais elle est d’une infinie tristesse : Treilhou a choisi une chorale qui se réunit dans des locaux glauques et qui est menée par des femmes globalement moroses et/ou maniérées (Philibert a plus de génie pour "caster" la réalité !). Certains choristes semblent s’emmerder profondément eux-mêmes, tant les enfants, dont l’air est parfois à la limite de la tristesse, que certains adultes, aux yeux démotivés, voire en train de bâiller ! Le côté soporifique et ultra-sérieux est mis en avant et ne donne vraiment pas envie de faire partie d’une chorale, d’autant que le film ne montre qu’un côté relativement sectaire de l’enseignement musical.

Evidemment le film montre à quel point la répétition demande une certaine discipline et une grande patience (mais le spectateur doit-il subir cela aussi ?), ainsi que l’apprentissage de termes techniques qui semblent imperméables aux non-initiés, peut-être comme le film lui-même. Le moment qui semble pouvoir rebuter le plus les éventuels jeunes débutants désireux de s’initier à la chorale est sans doute la séquence où Claire Marchand explique à des gamins de 8-10 ans ce que signifie la phrase en latin qu’ils doivent chanter : c’en est irritant de voir le décalage entre cette femme austère et ces enfants avec qui elle a du mal à véritablement communiquer. Le cœur ne semble pas atteindre le chœur et les métamorphoses n’ont pas lieu : le titre s’avère finalement hors de propos…

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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