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MEKONG HOTEL

Un film libre

Dans un hôtel situé au bord du Mékong, à la frontière entre la Thaïlande et le Laos, Apichatpong et son équipe préparent un film. Il y est question d’une mère-vampire et de sa fille, de la rencontre d’un jeune homme et d’une jeune fille au bord du fleuve… A moins qu’il ne s’agisse de la réalité ?

Des plans fixes, des fenêtres sur le paysage apaisant du Mékong. Des conversations nonchalantes, portées par la voix douce des acteurs. À l’image des précédents films d’Apichatpong Weerasethakul, palme d'or à Cannes en 2010 pour l’onirique « Oncle Boonmee (Celui qui se souvient de ses vies antérieures) », ce moyen-métrage de 60 minutes prend le temps d’installer son décor et ses personnages. Il commence d’ailleurs par une longue ballade à la guitare, jouée quasiment d’une seule traite, qui en découragera plus d'un ou, au contraire, enchantera les âmes en quête de poésie pure.

Que les novices soient avertis : pour découvrir l’œuvre de ce cinéaste thaïlandais, mieux vaut se faire les dents avec ses premiers métrages (« Syndromes and a century » étant à ce jour le plus accessible). Car même si ce nouvel opus poursuit le travail amorcé depuis des années sur la mythologie, la transmission et la filiation, il tient davantage de l’œuvre expérimentale, où la confusion entre rêve et réalité prend une forme inhabituelle (concrètement : on passe d’une longue et langoureuse discussion devant le Mékong à un minutieux dépeçage de boyaux par un supposé vampire, effet glaçant garanti).

« Mekong Hotel » n’en demeure pas moins une expérience envoûtante, suffisamment longue pour vous bercer, et suffisamment courte pour ne pas tourner en rond. Surtout, deux ingrédients viennent sortir le spectateur de sa possible torpeur : une certaine représentation de l’horreur, avec ses scènes gores d’une troublante froideur, et d’autre part l’usage inédit de l’humour queer, assez inhabituel chez le cinéaste (cf. le jean serré du protagoniste conçu pour « la » mettre en valeur, ou encore le jet ski qui fait du bien car il fait mal au cul…). Ces scènes décalées sont d’autant plus burlesques que les personnages qui font de l’humour sont justement ceux qui s’adonnent aux scènes les plus sanglantes…

Bref, Weerasathakul se joue complètement des codes, impose son style et montre une fois de plus qu’il est un artiste libre. Franchement, tant mieux !

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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