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MAUVAISE GRAINE

Un film de Claudio Caligari

Mal des banlieues à la romaine

Banlieue maritime de Rome, 1995. Cesare et Vittorio, deux amis d’enfance d’une vingtaine d’années, mènent une existence désoeuvrée faite de délinquance, de trafics en tout genre et d’errances nocturnes hallucinées. Entre tentatives de réhabilitation et rédemptions amoureuses, envie de s’en sortir et besoin de vivre sans concession, récit d’un passage à l’âge adulte semé d’embûches…

Présenté comme un événement à la Mostra de Venise 2015, du fait du décès très récent de son réalisateur Claudio Caligari, « Mauvaise graine » ("Ne sois pas méchant" en version originale) est le récit d’une amitié en milieu social défavorisé. Rien de bien original sur le papier, si ce n’est qu’il s’inscrit dans un contexte peu exploité au cinéma : celui de l’explosion de la criminalité liée à la drogue dans les banlieues ouvrières italiennes des années 1990. Montrant l’Italie comme vous ne l’avez sans doute jamais vue, le film a donc au moins le mérite d’être instructif d’un point de vue sociologique et culturel. Il s’en dégage même un esprit documentaire, que la facture très 90’s de la mise en scène et de la photographie vient renforcer.

Cela dit, le film se regarde sans déplaisir, et même avec une certaine curiosité. Les scènes nocturnes mettant en scène le désoeuvrement des deux protagonistes et de leurs compagnons d’infortune ont quelque chose de fascinant, tant le sordide semble y côtoyer la vie avec harmonie. L’humour trouve aussi sa place, au travers de la personnalité tonitruante de Cesare (le talentueux Luca Marinelli, vu dans « La Grande bellezza » de Paolo Sorrentino) et des galères vécues par les personnages (entre refoulement de boîte de nuit et visions hallucinatoires) qui prêtent à sourire. Surtout, Caligari est parvenu à rendre palpable l’idée d’une jeunesse brûlée, déchirée par ses contradictions entre vie rêvée et aliénation. Le film se teinte alors d’une forme d’âpreté, susceptible de trouver un écho dans notre société contemporaine.

Il est dommage en revanche que le film ne se tienne pas sur la longueur. Dans une seconde partie relatant un virage pris par chacun des deux personnages, l’ambiance est au téléfilm, avec ses dichotomies marquées et ses évolutions scénaristiques convenues. L’émotion s’invite, mais avec elle le misérabilisme. Reste alors de ce film le souvenir trompeur d’un drame artificiel, bien loin de la promesse initiale.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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