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MATCH RETOUR

Un film de Peter Segal

Raging Balboa

Trente ans après leur retrait de la boxe professionnelle, deux anciens champions, rivaux à la ville comme à la scène, se retrouvent pour une ultime confrontation sous les projecteurs de Pittsburgh. Henry « Razor » Sharp et Billy « The Kid » McDonnen ont beau n’être plus de la première fraîcheur, leur rancune reste vivace et leur haine palpable, surtout qu’une femme, Sally, objet de leur ancienne querelle, resurgit soudain dans leur vie…

Aussi invraisemblable qu’il puisse paraître à toute personne dotée d’un minimum de raison, un match de boxe opposant deux vieux bonshommes de 67 et 70 ans, fatigués et gras du bide, est bel et bien capable de faire frétiller les cinéphiles nostalgiques que nous sommes tous un peu. Du moins ceux d’entre nous qui avons passé la trentaine – et qui avons grandi en supportant les jérémiades de Rocky Balboa (« Adriennnnnnnnne ») et les répliques colériques de Jack LaMotta (« You fucked my wife? »). Le simple fait de réunir Sylvester Stallone et Robert de Niro dans un même film, y compris à un moment où leur carrière respective est plus proche de la fin que du début, suffisait amplement à notre bonheur. Et il se trouve que "Match retour", en outre, est plutôt une bonne surprise.

Sous la direction d’un « spécialiste » (peu notable) de la comédie américaine, Peter Segal, Stallone – qui ressemble décidément de plus en plus à sa marionnette des Guignols – et De Niro – qui n’a pas eu un bon premier rôle depuis "Casino", ou presque – cabotinent à souhait face caméra, tandis que Kim Basinger tente d’imposer un peu de sérieuse émotion dans l’affaire. Mais si elle échoue constamment à ramener le film vers la comédie dramatique (avec fiston, regrets, solitude et toute la clique), c’est avec bonheur, car les qualités de "Match retour" résident d’abord dans le cocasse d’un improbable come back gants aux poings pour deux balourds qui ont oublié jusqu’à la façon dont on fait du vélo. À aucun moment les modèles assumés de ces deux personnages – Rocky Balboa, héros emblématique de l’Amérique des années quatre-vingts, et Jack LaMotta, croqué par Martin Scorsese dans "Raging Bull" – ne viennent réellement parasiter l’impression que nous avons de retrouver, en ligne direct, Sylvester Stallone et Robert de Niro dans une enthousiasmante parodie de leur propre carrière.

Au-delà de vannes bien senties, de scènes d’humour d’anthologie (la querelle musclée dans le studio de performance capture) et de clins d’œil aux modèles cinématographiques, par exemple lorsque Stallone est tenté de s’entraîner sur des pièces de viande congelée comme il le faisait dans "Rocky", "Match retour" laisse également entrevoir, en filigrane, une tragédie sociale dont Pittsburgh est l’autre personnage principal. Le moment où, dans la fiction, les deux boxeurs mettent fin à leur carrière, laissant en suspens un « troisième match » qui aurait désigné le plus fort des deux, ce moment coïncide, au début des années quatre-vingts, avec la fin de la prospérité apportée à Pittsburgh par l’industrie de l’acier. En vingt ans, cette cité de Pennsylvanie a vu ses usines fermer, son chômage bondir et le nombre de ses habitants diminuer de moitié. Puis, portée par un renouveau économique, elle s’est imposée sur la scène nationale, devenant ces derniers temps l’une des villes les plus appréciées des Etats-Unis selon les baromètres du « bon vivre », et accueillant pléthore de tournages de films, notamment "Unstoppable" de Tony Scott et "The Dark Knight Rises" de Christopher Nolan.

Que deux papys retrouvent la forme, la gloire et l’amour au cœur d’une grande ville elle-même sur le chemin du retour vers sa splendeur passée, voilà un beau symbole de l’espoir qui irrigue tout un pays encore englué dans la crise économique. Ce que Pittsburgh a réussi, Detroit peut le faire. Ce que « Razor » et « The Kid » parviennent à réaliser, à savoir se confronter à l’inexorable modernité pour retrouver un peu de dignité, à l’époque de la télévision Haute Définition, de "Dance With the Stars" et des vidéos virales échangées sur Youtube, tout Américain peut également le faire. D’où la morale finale, certes attendue, mais inattaquable, qui veut que la rancune laisse place à la magnanimité et au pardon.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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