MARTY SUPREME
Suprême de cinéma sauce Safdie
Synopsis du film
Marty Mauser est persuadé d’être le meilleur joueur de ping-pong du monde. Et il compte bien réaliser son rêve, même si les obstacles sur son chemin seront nombreux…
Critique du film MARTY SUPREME
Une campagne marketing hors-du-commun, un objet audiovisuel déjà rentré dans la pop culture (et dans le dressing de nombreuses célébrités via cette fameuse veste que tout internet s’est arrachée), une pluie de nominations et récompenses aux plus prestigieuses cérémonies. Il est peu dire que "Marty Supreme" était l’un des métrages des plus attendus de l’année. Au bout de la séquence inaugurale, le constat est sans appel : le premier long en solo de Josh Safdie aura la mise en scène virtuose de "Good Time" et le rythme frénétique d’"Uncut Gems". Bref, un film somme, un chef d’œuvre, n’ayons pas peur des mots. Car des œuvres incandescentes comme celle-ci, il y en a peu : à peine quelques-unes arrivent à tutoyer cette maestria visuelle, encore moins parviennent à atteindre cette intelligence scénaristique. La rumeur était celle d’un succès annoncé, le résultat est idéalement plus éblouissant.
Anatomie d’une merveille cinématographique. Tout commence dans le New-York des années 50. Marty Mauser n’est pas encore celui qu’on affuble d’un sobriquet. Il vend des chaussures dans la boutique de son oncle tout en profitant de ses pauses pour aller s’encanailler avec la voisine mariée. Il est frêle, le visage poupin, mais son ambition est immense, indomptable, internationale. « Dream Big ». Le trentenaire l’a bien compris. Il sera le plus grand joueur de tennis de table de cette planète. Erratum : il l’est déjà. Et il compte bien se rendre au Japon pour le montrer, peu importe le coût, les sacrifices et les obstacles, en particulier ceux qu’ils s’auto-crée. Egotrip narratif, le film parvient à ne pas le devenir lui-même, Josh Safdie multipliant les effets, mais les disséminant toujours au bon moment, sur la bonne tonalité, aussi exaltée et enragée soit-elle.
D’un biopic sur un pongiste, le réalisateur tire un portrait galvanisant qui se mue en fresque américaine lorsqu’il s’agit d’évoquer le sport comme un ascenseur social ou d’interroger la collusion entre le monde des athlètes et celui des affaires. À l’image d’un "Rocky", les adversaires ne défient pas seulement un sportif mais toute une nation, il en devient alors une mission que de faire triompher les États-Unis sur le devant la scène et de rappeler leur domination, qu’il s’agisse de renvoyer un uppercut ou une balle orange. Là où le métrage réussit un véritable coup de force, c’est qu’il déploie l’intégralité de son récit autour d’un personnage peu sympathique, franchement petit con, un anti-héros qu’on devrait détester mais dont on ne peut s’y résoudre tellement l’ensemble est efficace et électrisant.
On pourrait dérouler les superlatifs encore sur de nombreuses lignes tant "Marty Supreme" est la démonstration du génie d’un cinéaste, capable de transcender le moindre dialogue, de faire vibrer la banalité et de surprendre à chaque instant. Les rebondissements sont pléthores, les séquences d’anthologie s’enchaînent, la tension s’intensifie. Parce qu’il y a un tel plaisir à découvrir ce qui se cache derrière la raquette de ping-pong, on ne dévoilera ici aucun de ces passages jouissifs. Mais ce que l’on peut dire, c’est qu’au-delà de son auteur, le film confirme Timothée Chalamet comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération, caméléon capable de nous faire oublier en quelques secondes son incommensurable notoriété pour se fondre dans ses rôles, qu’il soit Bob Dylan, l’élu Paul Atréides ou un joueur de tennis de table dont le grand public n’avait jamais attendu parler. Jeu, Set et Match. 5 étoiles.
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur


