MARAMA

Un film de Taratoa Stappard

L’âme de la guerrière

Synopsis du film

En 1859, au cœur des landes désolées du Yorkshire du Nord, Mary Stevens, une femme māorie en quête de son identité et de sa culture, s’en va rejoindre le manoir Hawkser dans l’espoir d’éclairer le mystère qui entoure sa famille. Mais peu à peu, dans cet environnement aux couloirs aussi lugubres que les âmes coloniales qui y résident, les événements effroyables s’enchaînent, autant que les visions ancestrales d’un passé terrifiant…

Critique du film MARAMA

Comme l’indique un carton des plus explicites positionné en début de projection, l’ambition de "Mārama" est de ne pas prendre de gants dans sa description du saccage imposé à une culture maorie trop longtemps oppressée, voyant dans ce parti pris d’exploration et de compréhension d’un passé sombre le meilleur moyen d’envisager sereinement le futur. On ne s’étonnera donc pas de voir ce premier long-métrage d’un jeune réalisateur néo-zélandais utiliser la fiction de genre pour passer au crible la mémoire et l’identité de sa propre culture, via un angle à la fois anticolonial et féministe. Fallait-il s’attendre au pendant féminin du fameux "Utu" de Geoff Murphy, dont l’intrigue était déjà plus ou moins la même ? Disons juste que les belles intentions du propos et la grande maîtrise visuelle dont fait ici preuve Taratoa Stappard peinent malgré tout à compenser un risque déjà perceptible en amont : comment condenser ce genre de réflexion et de propos sur un peu moins de 90 minutes de projection sans aboutir à quelque chose de trop simpliste et compressé ? La question valait hélas le coup d’être posée.

À ce jeu-là, le film rate sur le fond ce qu’il essaie de compenser par une forme clairement reliée aux principes récents de la elevated horror telle que de nombreux cinéastes ont su la définir – la symétrie millimétrée et la richesse symbolique de certains cadres sont à deux doigts d’évoquer le travail plastique d’Ari Aster. On saluera le soin apporté à la bande-son, aussi gutturale que viscérale, qui relaie efficacement la colère féministe incarnée par son héroïne maorie. De même que l’ambiance gothique ouvertement revendiquée – l’action du film se déroule non pas dans la campagne de Nouvelle-Zélande mais dans un manoir de l’Angleterre victorienne – renvoie assez subtilement à tout un pan du cinéma de genre issu du pays oppresseur. Reste que si le contenant est solide, le contenu demeure trop fragile en raison d’un pitch basique renvoyant davantage à celui d’une série B sèche et brutale qu’à celui d’un vrai pamphlet creusé et habité. Pour cause de durée trop réduite et d’enjeux trop schématisés, la déception reste de rigueur. On mettra malgré tout en avant la virtuosité tout à fait évidente du résultat, de même que la sincérité de Stappard pour le sujet absorbé n’est pas à remettre en cause.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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