MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX
Un Maigret sans grand relief malgré un casting impeccable
Synopsis du film
Un matin, Maigret est appelé d’urgence au quai d’Orsay pour une affaire confidentielle. Un ancien ambassadeur a été retrouvé mort, criblé de balles, dans son appartement parisien. Sur le lieu du crime, le célèbre commissaire découvre des milliers de lettres d’amour échangées par la victime avec son grand amour de jeunesse, la Princesse de Vuynes. Une Princesse qui, trois jours auparavant, a perdu son mari dans un accident de cheval…
Critique du film MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX
Adapté du roman "Maigret et les vieillards" écrit par un Simenon vieillissant, le film de Pascal Bonitzer gravite dans un univers hors du temps : celui de la grande bourgeoisie catholique. La victime est un ancien ambassadeur, qui vit depuis toujours avec sa gouvernante Jacquotte, malentendante et infiniment pieuse. Pour accentuer ce fossé temporel, le réalisateur insuffle un léger décalage anachronique à son métrage. Bien que le récit se déroule au 21e siècle, Maigret se refuse au progrès. Dans sa poche, pas de téléphone et sur son bureau aucun ordinateur. À l'inverse, il ne quitte pas sa pipe, ses équipiers fument dans son bureau et il ne dit jamais non à une bonne bière, même en service.
Malgré l'apparition furtive de la police scientifique, l'enquête reposera surtout sur des interrogatoires. Bien écrits, les dialogues se répondent comme un métronome donnant au film un côté théâtral plutôt plaisant. Les acteurs, tous habitués des planches, y sont pour beaucoup. Denis Podalydès incarne parfaitement la rigueur feutrée du commissaire face à Anne Alvaro qui, elle, joue avec une infinie justesse la femme qui veut tenir son rang alors que sa vie bascule. Quant à Dominique Reymond et Laurent Poitrenaux, ils assument l'anachronisme de la vieille noblesse avec un naturel tout à fait contemporain.
Malheureusement, malgré l'originalité du dénouement, l'enquête n'est pas très étoffée. On écoute chaque protagoniste, l'équipe de Maigret vérifie leur alibi et on passe très vite aux conclusions sans trop s'attarder sur la psychologie des personnages. De plus, la chronique sociale, toujours sous-jacente dans les romans de Simenon, semble ici désuète tant le personnage de Maigret oscille entre deux époques. Comme les romans de gare, ce Maigret se regarde vite (1h20) et s'oublie tout aussi rapidement.
Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

