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MAÏDAN

Aux armes, citoyens !

A partir du mois de novembre 2013, le réalisateur Sergei Loznitsa a choisi de filmer le quotidien de la révolution ukrainienne et le siège de la place Maïdan, et ce, jusqu’au 22 février 2014, date de la destitution de Viktor Ianoukovytch par le Parlement, et de son départ de Kiev…

Il est rare de voir des films documentaires relater des événements politiques aussi intenses et sortir aussi rapidement en salles. En effet, entre la fin du tournage de « Maïdan » et sa distribution, seulement deux mois se seront écoulés. Deux mois pendant lesquels, Loznitsa a monté son film, l’a produit et a su séduire un distributeur pour le diffuser le plus rapidement possible. Une sorte de course contre la montre pour plonger le spectateur au cœur de la révolution ukrainienne, une révolution qui est aussi la sienne.

Pour cela, il a choisi de filmer le quotidien de cette place, devenue le centre névralgique de la contestation du peuple ukrainien. Ici, pas d’interview de représentants ou leaders de l’opposition, mais une succession de plans fixes qui rendent compte de l’organisation d’une révolution. On y voit notamment les débuts de l’occupation de la place et de la mairie, dans son fonctionnement administratif quotidien mais aussi dans la réquisition des cantines pour préparer les en-cas des assiégeants ou des halls où s’entassent jeunes et moins jeunes sur des paillasses de fortune, le temps de regagner quelques forces. A l’extérieur, sur une scène, se succèdent des anonymes qui souhaitent apporter leur soutien et leur enthousiasme aux milliers de personnes présentes, que ce soit par des chants, des discours ou des poèmes. A l’entrée de la place des barricades se construisent, des postes de contrôle s’improvisent. L’immersion est totale.

Loznitsa poursuit son travail malgré le début de la répression armée, de l’évacuation des femmes et des enfants de la place, du démontage des pavés des trottoirs... On est en janvier 2014. Malgré le danger, le cinéaste militant retourne sur la place chaque dimanche, jour de rassemblement, et ce jusqu’à la marche vers le parlement ukrainien le 18 février. Marche qui a conduit à une répression sanglante lors de laquelle les policiers tiraient à balles réelles sur la foule de manifestants. Au micro, on entend des appels au secours pour que des médecins puissent secourir les blessés. A ce moment-là, l’occupation de Maïdan prend une autre dimension…

Pour ceux qui espéreraient en apprendre beaucoup sur les dessous et coulisses de la révolution ukrainienne et ses enjeux, ce documentaire ne vous satisfera pas à 100%. N’y cherchez pas non plus le discours de Ioulia Timochenko ou des images de l’invasion de la Crimée par la Russie, Loznitsa n’a pas quitté le périmètre de Maïdan, cette place de l'indépendance dont tout est parti. L’endroit, qui est le symbole de la résistance d’un peuple contre le régime en place, et où ce dernier chante son hymne, uni, parfois les larmes aux yeux, mais sans jamais baisser la tête ou les bras.

Difficile de ne pas se sentir concerné par le combat de cette nation qui se soulève face au refus de son dirigeant de signer un accord de collaboration avec l’Union Européenne. Encore plus difficile de ne pas ressentir leur force et détermination quand on les entend entonner « la Marseillaise » ou l’électrisant « Bella ciao ! » qu’ils ont transformé en « Vitia ciao ! »…

Si Loznitsa réussit à nous faire partager le quotidien des occupants de la place, et les épreuves qu’ils ont traversées pendant les quatre premiers mois de cette révolution qui n’est pas encore terminée, ce documentaire silencieux pourra émouvoir ou griser par son caractère singulier et exceptionnel, ou bien ennuyer ceux qui ne se laisseraient pas emporter pendant ces deux heures, par la ferveur des défenseurs de la liberté.

Véronique LopesEnvoyer un message au rédacteur

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