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MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN

Un film de Xavier Dolan

Les relations fan / idole misent en image positivement

Rupert Turner, jeune acteur, vient de sortir un livre sur la relation épistolaire qu’il a eu avec un certain John F. Donovan, un acteur de feuilleton télé de sa jeunesse. C’est lors d’une interview de Rupert, par une journaliste d’abord totalement désintéressée du sujet, que l’on va plonger dans la mort et la vie de John F. Donovan, avec le regard du jeune Rupert, et le recul du Rupert devenu un jeune adulte…

Ma vie avec John F Donovan film image

Dans "The Death and Life of John F. Donovan" on retrouve vraiment les sujets de prédilection de Xavier Dolan : la difficulté de communication entre les différents personnages, les relations familiales très complexes… On pourrait s’ennuyer à force de voir ces sujets là mis en scène par Xavier Dolan, mais celui-ci arrive à les aborder à chaque fois de manière différente. Il parvient ici à rendre son film d’autant plus captivant, tout en gardant « sa patte de réalisateur », comme lors du très beau travelling qui va introduire le personnage d’Amy. En réalité, ce film est plein de plans magnifiques autant qu’il fait preuve d’un réel sens du détail dans les mots choisis dans dialogues.

Il va brillamment évoquer ce que peuvent ressentir des fans à l’égard de leurs idoles et inversement, mais aussi les difficultés pour les personnes extérieures à cette relation de la comprendre, de la respecter, sans émettre de jugement dessus. On évitera de transposer l’action du film à la vie même de Xavier Dolan, qui avait lui-même écrit des lettres à ses acteurs préférés étant enfant. Et regardons plutôt ce film tel qu’il est.

Au début du film, on retrouve Rupert alors enfant, regardant son feuilleton préféré à la télévision et extériorisant totalement sa joie, sous le regard halluciné et amusé de sa mère. Grâce à une mise en scène et probablement une direction d’acteurs calée au millimètre, Dolan arrive à nous amuser de la réaction démesurée de Rupert devant un simple feuilleton - qui semble médiocre d’apparence – et le spectateur lui-même se retrouve à juger l’euphorie de Rupert. Il parvient de cette façon à nous mettre face à nos propres réactions quant à la relation fan/idole que l’on a pu vivre nous personnellement, spectateur.

Ce qui est intéressant c’est cette façon d’aborder le sujet : on retrouve vraiment tous les points de vues qui entourent la relation entre Rupert et John. Celui d’un enfant très avancé par rapport à son âge, plus proche des adultes que des élèves de son école, et inspiré par un acteur. Celui d’une mère qui ne voit rien, qui ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe. Celui d’un acteur épié par la presse et les critiques, avec des relations personnelles complexes. Et celui d’une journaliste complètement désintéressée de la personne qu’elle interviewe, car il y a plus important ailleurs.

Comme le dit si bien Rupert adulte dans le film, on ne parle pas d’un simple acteur de feuilleton, mais de quelqu’un qui a sauvé la vie d’un enfant. Avec cela, Dolan met le doigt sur quelque chose de très sensible, même si cela paraît insignifiant pour les personnes qui l’entourent et n’est clairement pas le sujet le plus important à l’heure actuelle. Mais cela est très important pour Rupert et il mérite d’être écouté.

Avec ce premier film « américain », Xavier Dolan arrive à nous montrer toute l’étendue de son talent, sa minutie et sa capacité à évoquer indirectement des choses qui vont amener le spectateur à s’identifier aux personnages et à ressentir pleinement le film.

Cléa BerchiattiEnvoyer un message au rédacteur

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