MA FRÈRE
Un portrait de groupe d’une rare puissance comique et émotionnelle
Synopsis du film
Employée dans un centre aéré de la Place des Fêtes à Paris, Djeneba fait embaucher sa copine d’enfance Shaï comme animatrice pour quelques semaines en été. Avec la directrice, Sabrina, et d’autres adultes, Youssef, Naël et Bérangère, ils partent encadrer une colonie de vacances dans la Drôme. Toutes deux ont 20 ans, et alors que Shaï est surveillées par un frère envahissant qui veut tout contrôler, Djeneba s’inquiète pour son petit frère, bébé de 1 an, laissé chez sa voisine alors que sa mère est une nouvelle fois partie au bled et reste injoignable…
Critique du film MA FRÈRE
Multi-récompensées pour "Les Pires" (Prix Un Certain Regard à Cannes 2022, Prix du jury jeunes et Prix d’interprétation féminine pour Mallory Waneque à Sarlat 2022), Lise Akoka et Romane Gueret avaient déjà prouvé leur don pour, au delà du casting, la direction d’enfants, réussissant à capter autant d’individualités que d’effets de groupe. Les voici de retour avec un film qui se situe encore un cran au dessus en termes d’interactions et de naturel, passé par Cannes Premières en mai dernier, puis notamment par le Festival de Sarlat fin 2025 (où il a été récompensé par le jury lycéen). Une œuvre habitée par ses multiples personnages, autant enfants que jeunes adultes, qui pose de nombreuses questions avec une fluidité désarmante, tout en ne lâchant jamais un humour lié aux situations ou comportements. Maltraitance des enfants, harcèlement sexuel, abandon, déviance de la religion, attitude des hommes envers les femmes, genre, sont autant de sujets abordés avec autant de tact que d'humour.
Si le film est aussi réussi, c’est qu’il rend compte, sur le ton de la comédie, de l’aspect chaotique d’une colonie de vacances, saisissant avec justesse les moments d’échanges entre les enfants voire avec les quelques adultes, entre cruauté, spontanéité et timidité, et qu’il donne aussi à voir la plongée dans le monde adulte de ses deux personnages principaux, confrontés à leurs propres problèmes (l’emprise d’un frère pour Shaï, l’absence d’une mère pour Djeneba) mais forcées de saisir ceux des autres. Au-delà de ses deux formidables actrices principales, Fanta Kebe ("Placés") toute en retenue et dignité, et Shirel Nataf ("Les Têtes givrées" et bientôt "Les Filles du ciel") toute en exubérance et dilettantisme, Amel Bent surprend par sa justesse en directrice. Elles forment avec quelques seconds rôles croustillants, un groupe d'éducateurs qui s’avère finalement profondément attachant. Livrant de nombreuses vérités à hauteur d'enfants, montrant la richesse d'un groupe aux multiples différences, "Ma Frère" est la première pépite de ce début 2026 et s'affiche entre éclats de rire et larmes, comme un grand film d'amitié et de passage à l'âge adulte.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

