LOST PARADISE
De la difficulté de s'aimer librement
Synopsis du film
Depuis son déclassement, Kuki ne trouve guère d’épanouissement dans son travail. Mais il commence alors une relation adultérine avec Rinko, une calligraphe plus jeune que lui, qui échappe de son côté au quotidien sclérosé de son couple…
Critique du film LOST PARADISE
Réalisateur japonais méconnu, Yoshimitsu Morita (décédé en 2011) est mis à l'honneur par le distributeur Eurozoom qui sort plusieurs films inédits en France, dont "Lost Paradise", qui date de 1997 et avait été à l'époque deuxième du box-office japonais derrière "Princesse Mononoké".
Ce drame romantico-érotique, sorte de variation mature de "Roméo et Juliette", interroge la liberté d'aimer et, par là, bouscule la société traditionnelle japonaise. En cela, il n'est pas anodin que le personnage de Rinko soit engoncé dans son statut d'épouse, avec un mari plus âgé qui ne respire ni la sympathie ni la tendresse.
L'âge n'est toutefois pas le problème puisque son amant est également plus vieux qu'elle. Hormis ce cliché de la femme plus jeune, on pourrait d'ailleurs relever çà et là une vision parfois très masculine de l'histoire, notamment une scène qui a plus de mal à passer de nos jours, quand Rinko prodigue une fellation à Kiki pour « soulager » ses ardeurs au moment où, exceptionnellement, elle n'a pas envie d'une partie de jambes en l'air - et pour cause, son père adoptif vient de mourir ! L'évolution de cette scène permet toutefois de lui donner un autre sens, qui alimente la culpabilité du personnage féminin dans sa lutte interne entre soif de liberté et honte face aux normes sociales. D'ailleurs, si "Lost Paradise" n'est pas un banal film d'amour, c'est parce qu'il se double d'une satire de la société japonaise, proposant aussi, en arrière-plan, une réflexion sur l'impitoyable monde du travail.
La mise en scène est à double tranchant. Le montage non linéaire participe à l'originalité du film, mais c'est aussi ce qui peut le rendre un peu confus. Par ailleurs, le style est assez variable : tantôt classique (voire daté), tantôt créatif comme lorsque le montage insère de furtifs plans en noir et blanc lors de certaines scènes érotiques, que l'on peut interpréter comme une double métaphore de la clandestinité de leur amour et du risque d'être surveillés et découverts.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
