LOS TIGRES
Un thriller aquatique hors du commun, porté par un tandem au sommet
Synopsis du film
Estrella et Antonio, initiés à la plongée dès l’enfance par leur père, travaillent aujourd’hui à l’inspection et l’entretien sous marine des coques d’immenses pétroliers ancrés au large des raffineries de Huelva, sur la côte atlantique de l’Andalousie. Vivant au jour le jour, Antonio, séparé, voit son ex femme l’assigner en justice pour obtenir une pension pour leurs deux filles, qu’elle entretient seule depuis des années. Germe alors l’idée de dérober l’un des sacs de cocaïne qu’il a repérés dans l’une des trappes immergées de la coque du Delfos II, bateau qui revient à Huleva toutes les trois semaines. Le traitant d’abord d’imbécile, sa sœur lui propose une solution pour ne pas éveiller les soupçons : prélever une petite quantité en rebouchant à chaque fois les trous. Trois plongées devraient suffire pour récolter l’équivalent de 80 000 euros, et ainsi dédommager la femme d’Antonio et enfin pouvoir ouvrir leur propre école de plongée. Mais chaque rêve a potentiellement un coût…
Critique du film LOS TIGRES
Passé par le Festival de San Sebastian, où il a reçu le prix de la meilleure photographie, "Los Tigres" est le nouveau thriller de Alberto Rodriguez, déjà auteur de films policiers palpitants tels que "La Isla Minima" et "Les 7 Vierges", et fin directeur d’acteurs. Débutant sur ce un souvenir en images vidéo, moment où un père demande à ses deux enfants, un garçon et une fille, de concourir pour être le premier à repêcher la montre qu’il s’apprête à jeter dans l’eau, et que l’on pressent à la source d’un trauma non défini d’emblée, le film introduit ensuite la dangerosité d’un métier, avant de détailler le contexte dans lequel chacun des deux protagonistes évolue. Une manière subtile d’introduire une union fragile entre un frère ayant perdu un statut (marital) et craignant d’en perdre un autre (celui de père), et une sœur qui n’a jamais volé de ses propres ailes (elle passe en secret des entretiens pour un job dans une réserve marine, à l’autre bout du pays, à Vigo, en Galice).
Centré sur ces deux personnages entraînés vers un éloignement possible, c’est leur complicité qui est mise en avant, au travers de la sorte de casse qu’ils s’apprêtent à réaliser, dans un milieu particulier : celui de l'océan, via la plongée sous-marine. Ménageant le suspense et délivrant quelques scènes haletantes dans ce décor à part (le pourtour de la coque d’un géant des mers, un pétrolier), le réalisateur bascule sans mal vers ce monde extérieur qui leur est finalement plus étranger, la mise en vente de la marchandise étant forcément source de difficultés, voire de dangers. Jouant sur la suggestion et le hors champ, plus que sur une réelle violence, Alberto Rodriguez nous immerge dans ce thriller à part, ancré dans une lumineuse Andalousie, et capte les moindres hésitations ou malaise de ses personnages, incarnés par deux des meilleurs interprètes espagnols du moment. Antonio de la Terre ("El Reino", "Abracadabra", "Que Dios Nos Perdone"...) est une fois de plus magistral, impressionnant d’entêtement, incapable de remettre en cause ses propres limites, malgré une santé mise à mal. Quant à Bárbara Lennie ("La Nina de Fuego", "Petra", "Les Lignes courbes de Dieu"...), elle donne corps à une femme réservée, à la fois droite et fidèle, ayant du mal à couper le cordon, et dont la fébrilité généreuse vient heurter les velléités d’une coûteuse émancipation. L’empathie fonctionne à merveille, venant renforcer l’adhésion au schéma classique des amateurs devant affronter plus gros poisson qu’eux, mais bénéficiant d’un milieu qu’ils connaissent et dont ils savent contourner les obstacles. Un régal.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


