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LONELY TUNES OF TEHERAN

Un film de Saman Salour

Une tragi-comédie atypique et touchante

Solitaire et taciturne, Behrouz, ancien opérateur radio pendant la guerre Iran / Irak, rentre à Téhéran après de longues années. Il s’installe chez son cousin Hamid, personnage haut en couleur, qui vit en installant illégalement des antennes paraboliques chez des particuliers. Les deux cousins deviennent inséparables, jusqu’au jour où Hamid est jeté dehors par son propriétaire...

Voici un petit film tourné en numérique qui ne paye pas de mine, et qui pourtant recèle de bonnes surprises. Tout d’abord en ce qui concerne son ton, plein d’humour et de fraîcheur. Les personnages, tels un Laurel et un Hardy, forment un tandem drôlissime, que chacun vient alimenter de son physique incongru et de sa personnalité. Pourtant, se noue entre eux une relation privilégiée et émouvante, illuminée par l’admiration que l’un voue à l’autre, et ce malgré les sarcasmes permanents.

Samour Salour, qui signe ici son premier long métrage et qui est âgé seulement d’une trentaine d’années, n’a pas froid aux yeux. Il filme de longs dialogues, bavards, menés par un protagoniste (le petit Hamid) qui n’a résolument pas sa langue dans sa poche. Puis il les entrecoupe de plans d’une poésie presque grotesque (notamment la scène sur le toit d’un immeuble où les deux compères installent une parabole à la lumière du soleil couchant), dont la grâce et l’esthétique ne laissent toutefois pas indifférent.

« Lonely tunes of Teheran » s’articule en fait sur deux niveaux de lecture : celui de deux êtres misérables, que le lien du sang unit malgré leur incapacité à s’entendre (d’où de nombreux ressorts comiques), mais aussi celui de deux existences difficiles, sur fond géo-politique tendu. Le réalisateur fait ainsi de ses personnages des parias, évoluant dans une terre hostile qui est pourtant la leur. Plus qu’un récit sur la différence, il s’agit d’une histoire sur la solitude, qui s'avère à la fois divertissante et émouvante. Pas étonnant si ce petit film trouve un écho en chacun de nous.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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