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LOLA PATER

Un film de Nadir Moknèche

Tout sur mon père

Paris, de nos jours. Malika décède brutalement d’une rupture d’anévrisme. Zino, son unique enfant, la trentaine, part à la recherche de son père pour avancer dans les procédures d’héritage. Mais ce dernier a quitté le foyer familial il y a déjà 25 ans, sans jamais donner de nouvelles à son fils… Dans le Sud de la France, Zino arrive à l’adresse qui lui a été indiquée et y trouve Lola, une prof de danse orientale…

Nadir Moknèche ("Délice Paloma", "Goodbye Morocco") continue son introspection de la communauté nord-africaine. Il dresse, cette fois-ci, le portrait de Farid, transsexuelle exilée, et de son fils Zino, qui n’est pas au courant de la nouvelle identité de son père l’ayant perdu de vue depuis 25 ans. Farid est devenu Lola, femme épanouie vivant en couple avec une autre femme, prof de danse orientale dans le Sud de la France et que rien ne semble pouvoir troubler. Mais quand son ex-femme meurt subitement, le fils unique part à la recherche du père absent. Accordeur de piano à Paris, Zino a la trentaine rayonnante bien qu’il n’ait toujours pas fondé de foyer. La première rencontre entre les deux ne sera d’abord réellement vécue que dans un sens, Zino voyant en Lola la femme ou une amie de son père. Lola, qui a caché sa transformation à son fils de peur de sa réaction, décide finalement de monter à Paris pour tout lui dire.

Nadir Moknèche réalise avec "Lola Pater" une jolie partition familiale, où quand une belle rencontre entre un fils et son père qui ne se sont pas vus depuis 25 ans est troublée par le changement de sexe du pater. Un sujet fort qui rappelle irrémédiablement "Tout sur ma mère" de Pedro Almodovar. Mais le réalisateur espagnol est plus glamour, plus coloré, plus drôle que Nadir Moknèche qui préfère être plus réaliste, moins tape-à-l’œil, plus confidentiel et moins cliché. Le réalisateur franco-algérien touche à des sujets sérieux qu’il traite avec de la retenue et un certain courage que l’on serait bien aisé d’encourager. En effet, outre l’acceptation des différences d’autrui, c’est bien de transsexualité pour un personnage musulman qu’il est question ici. La figure du père, la virilité de l’homme, le patriarcat en prennent un sérieux coup dans la bobine du cinéaste qui a toujours valorisé les minorités dans ses films.

Alors certes, on pourra regretter ce scénario un tantinet convenu, déroulant les étapes attendues du refus à l’acceptation, on pourra déplorer que le sujet soit effleuré et que les personnages manquent d’un peu de profondeur, annihilant quelque peu l’émotion et l’empathie envers ces derniers. Mais c’est aussi parce que Nadir Moknèche se concentre principalement sur les ressentis d’une femme et d’un fils, sur leurs retrouvailles forcément troublées, des retrouvailles en forme de premières rencontres, les deux personnages ne se connaissant pas et étant uniquement liés par la filiation qui existe entre eux. Fanny Ardant, à l’image de Felicity Huffman (exceptionnelle dans "Transamerica"), prend les traits de Lola en transsexuelle. L’actrice est brillante dans le rôle mais son image est si forte qu’elle prend largement le dessus sur le personnage de Farid devenu femme. Quant à Tewfik Jallab, il est parfait dans le rôle du fils qui, à l’image des pianos qu’il répare, doit lui-même trouver comment s’accorder avec ce père hors norme !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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