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LETTRE À INGER

Mise en lumière d’une figure de l’ombre

Lettre à Inger film image

Il est de ces figures méconnues qui jouent pourtant un rôle essentiel dans un cadre particulier. C’est le cas d’Inger Servolin, ouvrière de l’ombre – et pourtant majeure – du documentaire français. Au début du film, nous la découvrons en train de visiter une exposition au musée Reina Sofía de Madrid en 2015, et la voix de la réalisatrice María-Lucía Castrillon s’adresse à elle pour souligner une incongruité : « Tu as participé à la création de tout ce qui est exposé dans cette salle, tu ne trouves ton nom nulle part ». Née à Oslo et arrivée en France à l’âge de vingt ans, Inger Servolin n’avait initialement aucun lien avec le cinéma, mais une quinzaine d’années plus tard, elle est devenue, un peu par hasard, une compagnonne de route de Chris Marker. Le titre de ce documentaire fait évidemment écho à la "Lettre de Sibérie" de ce dernier, mais aussi aux lettres adressées par Servolin à Marker, dont quelques extraits sont lus dans le film.

Si l’on n’échappe pas totalement à un certain conformisme documentaire, par exemple avec les allers-retours entretiens/archives ou les inserts illustratifs, "Lettre à Inger" parvient souvent à enchevêtrer avec habilité les nombreux extraits de films et la vie d’Inger Servolin. Le documentaire réussit finalement à courir plusieurs lièvres à la fois : montrer le parcours de cette femme et rappeler l’essence même des films de Slon/Iskra, ce qui permet notamment de revenir sur le contexte social de 1968 et de son héritage politique et culturel, avec par exemple les groupes Medvedkine. Inger Servolin insiste sur le fait que Slon ne se situait pas dans un courant politique particulier, tout en revendiquant un ancrage à gauche. Il n’est pas interdit de voir un écho avec la façon dont le récent "J’veux du soleil" interagit avec la situation actuelle (même si ce dernier est, de fait, plus attaché à un parti précis à travers la personnalité de François Ruffin).

María-Lucía Castrillon et les quelques intervenants du film rendent un hommage appuyé mais mérité à cette opiniâtre figure de l’ombre sans laquelle de nombreux films n’auraient pas vu le jour. Passionnée et passionnante, Inger Servolin est une véritable incarnation des combats utopiques qu’Iskra résume dans sa devise : « Des films qui ne devraient pas exister ».

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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