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LES SILENCES DE RIYAD

Un film de Haifaa al-Mansour

Haifaa Al Mansour se saisit du thriller pour achever sa trilogie saoudienne

Synopsis du film

Nawal est employée dans un commissariat saoudien, en charge de la numérisation des documents. Le jour où le cadavre d’une adolescente anonyme est découvert dans le désert, elle est conviée sur la scène de crime pour faire valoir son point de vue féminin. Dès lors, Nawal n’aura de cesse, sur son temps personnel, de tenter de lever le voile sur l’identité de la victime destinée sinon à devenir un cold case…

Critique du film LES SILENCES DE RIYAD

Après "Wadjda" et "The Perfect Candidate", Haifaa Al Mansour achève, près de quinze ans plus tard, sa trilogie sur la place des femmes dans la société saoudienne. À distance du film à thème, "Les silences de Riyad" est un pur film de genre. Un policier où Nawal, en enquêtrice improvisée, sert de vecteur à la réalisatrice de "Mary Shelley" pour naviguer au sein d’une société saoudienne en transition.

Fraîchement sortie d’un premier mariage, la jeune femme passe ses journées à numériser des copies dans un commissariat en écoutant un podcast true crime mâtiné de conseils beauté. Petite passion qu’elle partage avec un supérieur hiérarchique à la machine à café, lequel, le jour où le corps d’une adolescente anonyme est découvert dans le désert, l’invite sur la scène de crime pour apporter son regard « de femme ». Avant que la porte de la suite de l’enquête ne lui claque au nez. Mais pour Nawal, hors de question que cette adolescente demeure un cadavre anonyme enterré par la mollesse des enquêteurs masculins.

Nawal pousse alors porte après porte et se confronte à une directrice d’école rigide, à des adolescentes rebelles, à des familles aisées toujours ancrées dans les mœurs patriarcales. La détermination de la jeune femme et la prestation de Mila Al Zahrani (également dans "The Perfect candidate") portent cette enquête au rythme tranquille et à la progression assez linéaire.

La force et la faiblesse du film tiennent au leitmotiv de la trilogie d’Haifaa Al Mansour, où les jeunes filles, jeunes femmes ou professionnelles accomplies n’entendent pas rester victimes d’un système dans lequel elles se faufilent pour mieux le contourner.

Mais ce faisant, l’équilibre du récit semble parfois fragile. Nawal est d’abord considérée comme ayant des compétences par un de ses supérieurs plus ouvert que les autres, démontrant par là la libéralisation qui se déroulerait au sein même d’une profession très majoritairement masculine. Mais, étrangement, le geste d’ouverture ne va pas au-delà. Et alors que Nawal persiste à enquêter hors cadre, les alertes lui demandant d'arrêter ne vont pourtant jamais au-delà de la simple réprimande. Il faut bien que le récit progresse.

Des péchés véniels dignes d’un policier hollywoodien qui reflètent finalement l’évolution, en miroir, des conditions de tournage moins « guérilla style » de la cinéaste depuis son premier film. Pour "Wadjda", elle avait dû diriger les comédiens par talkie-walkie en raison de la stricte ségrégation hommes-femmes. Pour "The Perfect Candidate", elle avait pu sortir de sa camionnette. Et pour "Les Silences de Riyad", elle a obtenu le soutien de la Saoudi Film Commission.

Dès lors, le twist final, qui pousse le spectateur à repenser entièrement l’intrigue à rebours en l’espace de quelques minutes, peut apparaître tardif, très cosmétique et discutable. Mais il achève aussi la trilogie avec un message fort. Oui, les femmes saoudiennes ont bel et bien fini de jouer les victimes des hommes.

David GossartEnvoyer un message au rédacteur

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