LES ROCHES ROUGES
Entre romance impossible et conte mythologique, un Bruno Dumont où les enfants ont encore une fois la part belle
Synopsis du film
Du haut de leurs cinq ans, Géo et sa bande n’ont pas peur de défier l’ordre ou de sauter dans la mer du haut des falaises de roches rouges. Géo fait la rencontre d’Ève, membre d’une bande rivale, qu’il commence à fréquenter assidument. Mais ce n’est pas du goût de B, chef de la bande, qui voudrait garder Ève pour lui…
Critique du film LES ROCHES ROUGES
Bruno Dumont a beau délaisser les paysages de son Nord natal pour ceux plus ensoleillés de la Côte d’Azur, on n’en reconnaît pas moins son univers au premier coup d’œil. Un monde étrange, où les enfants hauts comme trois pommes règnent en maître sur les calanques d’Anthéor où le cinéaste a posé sa caméra. Point d’adulte à l’horizon, si ce n’est quelques benêts par-ci par-là, dont les enfants se gaussent sans retenue. Et même un grand-père complètement zinzin qu’ils vont visiter à Vintimille, de l’autre côté de la frontière. Après tout, qu’est-ce que c’est une frontière pour ces gamins épris de liberté vivant comme au premier jour du monde.
Une forte dimension mythologique émane de cette histoire dont les héros portent des noms pour le moins évocateurs. L’étrange prénom du jeune protagoniste, Géo, renvoi à la Terre elle-même, tandis la fille qui a sa préférence s’appelle comme la première femme, Ève. Malgré leur apparente maîtrise des situations, les héros semblent souvent écrasés par le soleil méditerranéen, comme écrasés par leur destin à l’instar des protagonistes des tragédies grecques. Une dimension qui trouve son paroxysme dans le dernier acte qui s’apparente à l’épreuve finale pour des héros mythologiques, entre le rite purificateur et le passage à l’âge adulte.
Malheureusement Bruno Dumont dilue ce potentiel dans une romance mignonnette mais dénuée d’intérêt, sur fond de rivalité amoureuse dont l’intensité ne parvient jamais à décoller. On laissera le reste à l’appréciation du spectateur qui aimera plus ou moins le style si singulier du réalisateur. On aime ou on n’aime pas les acteurs non professionnels en roue libre, les gros plans sur des visages au regard totalement perdu et les nombreuses longueurs façon « cinéma-vérité ». Et finalement le changement de décor n’y fera rien, "Les roches rouges" reste un Bruno Dumont pur jus, et sans doute pas le meilleur que le cinéaste du Nord nous ait livré.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

