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LES PIRATES ! BONS À RIEN, MAUVAIS EN TOUT

Un film de Peter Lord

Voilages et gros mythes

Après plusieurs années d’échecs, le capitaine pirate, accompagné de son équipe de bras cassés et de jambes de bois, est bien décidé à remporter le prix du pirate de l’ année. Pour cela, il devra se rendre jusqu’à Londres, repaire de la reine Victoria, ennemie jurée de la piraterie…

Décidément, si il y a un studio d'animation que l'on a tendance à oublier, c'est bien le repaire anglais des petits gars d'Aardman, responsables de la création du duo détonnant amateur de fromage, Wallace et Gromit, ainsi que de la version basse-cours de "La Grande évasion" avec "Chicken Run". Pas de doute possible, avec "Les Pirates" leur patte est toujours là et elle n'a rien a envier à leurs modèles !

À l'image de leurs confrères de chez Pixar, ce qui a toujours fait la qualité du cinéma (car on parle bien ici de Cinéma et pas d'un produit d'exploitation comme on en retrouve trop souvent dans cette niche) de chez Aardman, c'est le respect de deux points prioritaires. L'animation se doit d'être irréprochable, quitte à passer jusqu'à 5 ans sur la conception du film. Mais elle ne doit en aucun cas être le point fort du métrage, qui lui, sera forcément l'histoire. Tout comme John Lasseter, le père de Woody et Buzz, Nick Park, Peter Lord et leurs confrères savent que sans un script parfait il ne peut y avoir de bon film. Rien ne sert de livrer un produit ultra léché si il est également complètement vide. On en retrouve d'ailleurs la preuve avec une stratégie marketing proche de celle de la "firme à la lampe", cela fait de nombreuses années que leurs films ne sont plus vendus sur leurs prouesses techniques (pourtant à la pointe de la technologie et de l'animation), entièrement acquises et encrées dans un inconscient collectif, qu'elles soient numériques ou faites (en partie) de pâte à modeler. Les maîtres mots s'appellent "rires" et "émotions".

Du rire, on va en retrouver à outrance ici. Tout au long de l'aventure de cet équipage de bons à rien aux grands cœurs. Les vannes et autres références comiques sont distribuées tels des boulets de canon en pleine face. Jamais à court d'idées (un pirate jette par dessus bord des cercles devenant les pointillés représentant leur parcours sur une carte), les éléments comiques visent (comme très souvent) tous les âges et donc toute la famille. Ces aventures hautes en couleur, entraînant nos héros, ainsi que le spectateur, des Caraïbes à l'Angleterre restent cool et ne sombrent jamais (à part peut-être dans un dernier tiers traînant en longueur). Le capitaine pirate (c'est son nom) est un idéaliste naïf, aimé de son équipage et prêt à tout pour être reconnu de la piraterie et de son roi. Rabaissé par les autres capitaines sanguinaires collectionneurs de trésors, il n'a d'autre choix que d'entraîner ses hommes, ainsi que son Dodo, à Londres pour gagner un prix de science (à défaut de piraterie) sur les conseils de Charles Darwin. Ce dernier, personnage important pour l'évolution du récit, est affublé d'un sidekick mémorable en la personne d'un chimpanzé savant expert en déguisement et possédant un moyen de communication par écrit aussi drôle qu'original. Nos sacrés pirates devront dès lors échapper aux griffes d'une reine Victoria (ressemblant beaucoup à la version HelenaBonhamCarteresque de la dame de pique dans la purge burtonienne qu'est « Alice au Pays des Merveilles ») complètement dingue des animaux exotiques et bien décidée à faire la peau à nos amis, tout en leur volant leur précieuse mascotte rarissime.

À quelques exceptions prêt (va-t-on un jour arrêter d'utiliser "London Calling" pour représenter un voyage vers la capitale anglaise, c'est tellement cliché), "Les Pirates" ne s'approche jamais du naufrage et grâce à une bande son et des gags brillants permet de voguer agréablement pendant toute la durée du métrage. Techniquement irréprochable et réalisé avec beaucoup d'ingéniosité (avec en prime une 3D ne donnant jamais le mal de mer), il faudrait vraiment être affublé d'une jambe de bois pour ne pas faire un crochet par le cinéma le plus proche et partir à l'abordage d'un écran le diffusant !

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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