LES MADELEINES
De tous les côtés de chez Swann…
Synopsis du film
Dans son appartement, un homme nous parle de sa vie, de son passé, de sa mère, de sa sexualité, d’art, de Proust, d’élégance… Un être atypique qui assume ce qu’il est, par-delà ses souffrances…
Critique du film LES MADELEINES
Placé dès les premières secondes sous le patronage explicite de Marcel Proust, "Les Madeleines" est la réflexion psychologique d’un homme de 55 ans, Stéphane-Jacques, qui va nous expliquer qui il est au prisme de son vécu. Comme souvent dans ce genre de projet, et a fortiori lorsqu’on plonge autant dans l’intime, on peut se poser la question du voyeurisme qu’implique le portrait d’un inconnu, aussi consentant soit-il. Toujours est-il qu’on est rapidement fasciné par la personne atypique que l’on découvre. Rapidement, son apparence de préciosité et d’élégance s’entrechoque avec la crudité de ce qu’il peut raconter (et de ce que le film montre), ponctuant son langage soutenu d’expressions vulgaires qui surprennent d’abord puis deviennent constitutives de son personnage – car oui, même si c’est un documentaire, on est bien en présence d’un personnage de cinéma.
À la fois drôle et mélancolique, Stéphane-Jacques nous dévoile, sans aucun filtre, ses rapports complexes avec sa mère ou son père, son homosexualité, ses fantasmes, sa maladie, ses angoisses... Faisant le récit d’une vie tiraillée entre souffrance et jouissance, il se définit tour à tour comme un « monstre », comme un « fétichiste de la bite » ou encore comme un « handicapé du cœur ». Le portrait peut s’avérer gênant devant tant d’intimité, mais sous les apparences d’un dandy radieux qui pourrait se mettre en avant de manière égocentrique, il est touchant de voir progressivement transparaître un homme qui n’a finalement guère d’estime pour lui-même (surtout physiquement) et qui a une vision très noire de la vie. Parodiant et défiant un adage de Karl Lagerfeld, il déclare ainsi : « je vois la vie en noir mais je porte du rose ».
Esthète et collectionneur (capable de parler de peinture et de fisting avec la même passion !), il prend souvent appui sur ce qu’il a dans son appartement, des photos de famille aux œuvres d’art qu’il possède en passant par son lévrier, ses vêtements ou encore les madeleines qu’il prépare. Commentant tout et n’importe quoi avec force détails pour livrer une sorte d’auto-psychanalyse, il risque parfois de tomber dans la surinterprétation des signes et des analogies, y compris au travers de la superstition (tarot, voyance...). Il fait aussi preuve de contradictions, mais parfois avec lucidité comme lorsqu’il explique que le passé construit et enferme à la fois. Au final, "Les Madeleines" est le portrait baroque d’un être inclassable, et cela ne laisse pas indifférent.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

