LES GOÛTEUSES D'HITLER

Un film de Silvio Soldini

Ça manque de sel dans l’assiette…

Synopsis du film

Automne 1943. Un matin, la jeune Rosa Sauer, dont le mari est au front et qui a fui Berlin bombardée pour rejoindre la maison de ses beaux-parents dans le village prussien oriental de Gross-Partsch, est emmenée de force au quartier général nazi de Wolfsschanze. Elle va y être contrainte, avec d’autres femmes et deux fois par jour (au déjeuner et au dîner), de goûter les repas destinés au Führer Adolf Hitler, frôlant ainsi la mort afin de s’assurer que la nourriture n’est pas empoisonnée…

Critique du film LES GOÛTEUSES D'HITLER

Le point de départ du roman à succès La goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino (publié en 2019) était des plus passionnants. C’est en 2014 que son origine voit le jour, lorsqu’une Allemande nonagénaire du nom de Margot Woelk évoque à la presse la nécessité de soulager sa conscience en révélant son secret : durant deux années, elle fût la goûteuse personnelle du Fürher (sans toutefois l’avoir jamais rencontré en personne) dans cette région de la Prusse Orientale où Hitler, de plus en plus paranoïaque et persuadé des risques d’attentat qui pesaient sur lui (ce qui eût bel et bien lieu en juillet 1944 – revoyez "Walkyrie"), s’était terré durant les dernières années du régime nazi. Le point important à relever reste le fait que l’écriture du livre ne fut entamée qu’après le décès de Woelk la même année, ce qui contraint ainsi le lecteur du livre – et donc le spectateur du film – à découvrir une trame potentiellement plus ou moins romancée de cette histoire. Le point de vue ici à l’œuvre n’étant pas celui d’un historien, on laissera aux spécialistes du sujet le soin de distinguer la fiction au sein de la réalité (et vice versa) pour s’en tenir de notre côté au film lui-même… sur lequel on avouera qu’il y a hélas peu de choses à dire.

On aurait presque envie d’oser le jeu de mot vis-à-vis du titre en disant que le résultat manque de goût, et ce parce que tout ce que le synopsis et l’affiche du film annonçaient comme possibilités de récit et d’émotions est ici affadi (au mieux) ou occulté (au pire). Le premier problème est de taille : comment expliquer le fait que, durant les fameuses scènes de repas, le réalisateur n’arrive à susciter ni suspense ni tension autres que la seule pression brutale des officiers nazis qui encadrent le bon déroulement du repas et surveillent les attitudes de chacune des goûteuses ? La mise en scène de la simple bouchée de nourriture comme un potentiel aller simple vers la mort n’est ainsi jamais à l’ordre du jour, ce qui sonne presque comme une anomalie au vu du chemin de croix de ces jeunes femmes tiraillées entre deux peurs de mourir (celle de manger ou celle d’avoir faim en refusant de manger). De facto, étant donné que l’image est ici traitée à des fins d’illustration quasi téléfilmesques (pas un seul cadre audacieux ne ressort de l’ensemble) et que le découpage lui-même se montre des plus scolaires, on est contraint de se rabattre sur l’autre angle – ici quasi exclusif – du scénario, à savoir l’effet de sororité qui s’installe peu à peu au sein de cette atmosphère coercitive.

Ce qui finit par rendre le film plutôt intéressant (à défaut d’être captivant) provient dès lors de l’ambivalence progressive de certains caractères féminins ici à l’œuvre, fragilisant la sensation d’alliance par des actions régies tantôt par l’opportunisme tantôt par l’instinct de survie, quitte à ce que le statut de victime du système totalitaire se confonde peu à peu avec la fonction de complice. C’est notamment le cas de la protagoniste Rosa (Elisa Schlott, très douée, avec un vague air de Saoirse Ronan), dont l’opacité du regard et l’ambiguïté des rapports avec l’un des officiers gradés ont de quoi nous laisser fantasmer sur ce qu’un génie subversif comme Paul Verhoeven aurait tiré d’un scénario pareil. En l’état, Silvio Soldini ne livre qu’un travail (trop) appliqué, dont la fibre émotionnelle convenue devrait sans doute égaler celle d’une lecture audio du livre éponyme. Rien de condamnable en soi, mais rien de mémorable en fin de compte.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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