LES ENFANTS ROUGES
Entre colère rouge et peur bleue
Synopsis du film
En Tunisie, Nizar, 16 ans, va faire paître son troupeau de chèvres dans la montagne, accompagné par son ami Achraf, 14 ans. Alors qu’ils espèrent profiter des eaux douces et de la tranquillité des lieux, ils sont attaqués par des islamistes, qui décapitent Nizar et demandent à Achraf de rapporter la tête pour faire passer le message…
Critique du film LES ENFANTS ROUGES
Le film s’inspire d’un terrible assassinat ayant eu lieu en 2015 en Tunisie, près de la frontière algérienne. Mais il ne s’agit pas pour Lotfi Achour de faire une reconstitution frontale et réaliste des faits – bien que la barbarie soit parfois montrée de manière explicite avec une tête tranchée qui reste longtemps ancrée dans les esprits. Le réalisateur s’intéresse surtout à l’intime, pour nous permettre de cerner l’ampleur du choc parmi les proches de la victime. Plus précisément encore, le cinéaste s’attache à mettre en avant l’isolement des habitants, qui est à la fois géographique (une région montagneuse) mais aussi social (une communauté rurale, à l’écart de la modernité) et même politique (personne ne semble prêt à les aider, ni même à être à leur écoute). C’est cet abandon et cette marginalisation qui amplifient l’horreur de cette tragédie : les personnages sont livrés à eux-mêmes, coincés entre des terroristes impitoyables et des autorités lâches – symboliquement, ces protagonistes-là sont quasi absents du long métrage, relégués le plus souvent hors champ, par exemple avec l’usage de conversations téléphoniques.
Si la lenteur du film peut parfois lasser et si le flashback vidéo est un peu grossier, "Les Enfants rouges" n’en reste pas moins magnifiquement mis en scène, et la meilleure idée de Lotfi Achour est de s’être recentré sur le point de vue d’un jeune garçon, celui qui est témoin du meurtre et doit ramener la tête de son ami. Si l’on ajoute la victime et la jeune Rahma, le film tourne autour d’un trio dont la jeunesse a été brutalement volée, mais qui tente de s’accrocher à ce qui peut être sauvé. Ainsi, ce récit, assez réaliste sur bien des points, est ponctué de scènes et plans oniriques qui illustrent une tentative de faire survivre une innocence qui semble s’envoler à jamais. Flottant entre souvenirs, hallucinations et rêveries, ces aspects apportent une mélancolie qui renforce les émotions déjà fortes que l’on peut ressentir face à cet épouvantable drame. Inversement, comme la beauté des paysages, ces éléments amènent aussi un peu de douceur, évitant au film d’être seulement plombant.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur


